Parlons musique
![]() merci à whitestripes.com Je me suis procuré deux nouveaux albums dernièrement, de style très différent je dois l’avouer. D’abord, malgré mon côté assez conservateur, j’ai pris le risque d’acheter l’album Elephant des White Stripes, sans même l’avoir écouté préalablement. Après plusieurs écoutes, force est d’admettre que l’album risque de se classer dans cette catégorie des incontournables du rock. Pas tant parce qu’il est révolutionnaire, tout au moins, Elephant traversera le temps, puisqu’il est un album solide d’un bout à l’autre, original à sa façon tout en allant emprunter ce qu’il y a eu de meilleur dans les années 60 et 70, avec un son pur, mais dénudé de finition ou d’emballage bonbon. Les grosses riffs sales sont efficaces et la mélodie côtoie des passages plus psychédéliques. Bref, Elephant est un vent de fraîcheur dans cette vague alternative qui fait du sur-place et qui nous pollue les oreilles depuis trop longtemps. ![]() merci à helloween.org L’autre album sur lequel j’ai mis la main est le tout dernier d’Helloween, Rabbits don’t come easy. Vous le savez, Helloween, c’est mon groupe. J’ai la discographie au grand complet et j’achète toujours les albums sans même avoir pris la peine de les écouter avant. Est-ce que le fait d’être aussi vendu à leur cause peut me faire manquer d’objectivité à leur endroit ? Peut-être, c’est à vous de décider. Mais je sais que autant je peux adorer ce groupe, autant je peux être très exigeant envers eux. Et si je ne me suis jamais gêné pour les critiquer dans le passé, je ne crois pas que cela va changer aujourd’hui ! Plaçons nous d’abord dans le contexte, car le groupe, avant la production de cet album, avait connu une restructuration en profondeur. Il y a un boss chez Helloween, et c’est le guitariste Michael Weikath, le même gars qui a fondé le band dans les années 80 avec Kai Hansen (Gamma Ray). Donc, Weikath est le boss et c’est lui qui a le dernier mot. Tous les autres membres ont un rôle à jouer et leur mot à dire, certains plus que d’autres, mais ça reste Weikath qui signe le chèque, qui autorise la patente, qui exécute la peine ! Weikath, je ne le connais pas personnellement, mais si je me fis aux commentaires que j’ai lu et entendu à son sujet par des gens qui l’ont fréquenté de près ou de loin, et si je me fis aux rares conversations écrites que j’ai eu avec lui par le biais du net (oui, Weikath fréquente les sites dédiés à Helloween et il répond parfois aux messages intelligents des fans), c’est un chic type, un vrai, un putain de bon musicien par dessus le marché. Mais avec lui, il n’y a pas de gris, c’est blanc ou noir, ce qui implique que le gars est orgueilleux, avec paraît-on un tempérament bouillant ! Peut-être a-t-il d’autres qualités ou d’autres défauts, je n’ai pas le privilège de le connaître assez pour mieux vous le cerner. Même si Weikath reste le leader absolu du groupe, il a toujours su s’entourer de bons musiciens, loin d’être des lopettes ou des moutons, sur lesquels il pouvait leur faire confiance pour amener le groupe à de nouveaux sommets musicaux ou commerciaux, tout dépendant du point de vue. À l’époque, c’est lui qui avait autorisé l’ex-chanteur du groupe, Michael Kiske, a donné une tangente plus commerciale à Helloween en sortant l’album Chamaleon. Kiske croyait dure comme fer que c’était la voie à suivre p0ur le groupe, mais il s’était trompé. Devant la déconfiture commerciale de l’album, Weikath l’a finalement foutu à la porte. Son jugement fut cruel et sans merci, mais un chef ne peut se laisser aller à la sentimentalité… C’est comme cela qu’il voit les choses ! De cet incident, Weikath aura au moins appris qu’Helloween était un band de power-metal et qu’il ne devait plus s’éloigner de cette voie. C’est dans cette optique qu’il avait choisi le chanteur remplaçant, Andi Deris et le jeune batteur Uli Kursh, au talent exceptionnel. « Les boys, nous partons en guerre ensemble, je vais me fier à vous, mais n’oubliez jamais, on est un band de power-metal et on ne change pas de créneau ! » voilà sans doute ce qu’il a dû leur dire droit dans les yeux, avant de les accepter définitivement dans le band. L’association entre les trois sera fructueuse et le groupe connaîtra ses plus beaux moments créatifs depuis la sortie des sublimes Keepers of the seven keys en 1987. À chaque album, on notera une évolution dans le style et le son du groupe, tout en gardant un hook power-metal qu’on a toujours attribué à Helloween. Peu à peu, on remarquera un peu plus d’agressivité dans les compositions et les riffs de guitare, ce qu’on avait rarement vu chez le band. Cette nouvelle attitude, je l’ai toujours attribué à Uli Kursh. À cet effet, son nom était toujours signé derrière chaque pièce plus épicé du groupe. Autant Weikath était associé aux pièces plus classiques d’Helloween et Deris aux pièces plus commerciales, plus radio, Kursh lui, signait les pièces agressives, très souvent les meilleurs de chaque album. Remarquez, c’est une question de goût. ![]() merci à helloween.org Le penchant plus agressif d’Helloween dans les derniers albums rapportera assez de dividendes (ventes d’albums et assistances lors des spectacles) pour que Weikath donne complètement carte blanche à ces jeunes loups. Et le premier vrai « move » que Deris et Kursh feront sera de remplacer le traditionnel producteur du groupe lors des productions studios, Tommy Hansen, pour le mixage de l’album The Dark Ride. Les gars engageront Charlie Bauerfeind, un jeune producteur à la mode, afin de donner à Helloween un son plus actuel, mais qui restera dans la lignée de la franchise. Et comme le concept de l’album tournait autour du « côté obscur » des choses, tout était en place pour que ce nouvel album marque à jamais l’histoire du groupe. Et The Dark Ride sera à mon avis un des plus beaux efforts d’Helloween, autant acclamés par les fans que par les critiques. Mr Torture, première pièce de l’album, s’insère facilement dans un greatest hits du groupe comme probablement une des chansons les plus solides, au même titre que les Ride the sky, Eagle fly free et Future World. Une mention honorable revient à Escalation 666 (une des tounes les plus sombre du groupe), Mirror Mirror et The Departed (Sun is going down), un hit radio au potentiel immense. ![]() merci à helloween.org Le hic, c’est que The Dark Ride était un album sensiblement différent des autres, moins dans la lignée power-métal traditionnel d’Helloween. Et alors que l’album était acclamée partout, il y avait une personne qui ne l’aimait pas, Micheal Weikath ! Voilà, vous commencez à comprendre où est-ce que je voulais en venir avec cette longue introduction… Weikath a crié haut et fort pendant la promotion de l’album qu’il n’aimait pas le « nouveau son » du groupe (même si dans le fond, ça reste sans aucun doute du Helloween) et qu’il n’appréciait pas la nouvelle direction que prenait le band. Vous trouverez facilement sur le net des articles où on peut lire les commentaires peu élogieux de Weikath à l’endroit de ses coéquipiers, une sorte de non-sens quand on fait le promotion d’un de ses bébés. Mais comme je vous l’avais dit au départ, Weikath n’a jamais eu la langue dans sa poche. Il tient à ses opinions, un peu borné sur les bords et en conservateur qu’il était, jamais il n’acceptera que SON groupe sorte de la voie qu’il avait tracé par le passé. Pas besoin de vous dire que le climat au sein du groupe pendant la tournée mondiale sera malsain et que la magie entre les membres du groupe disparaîtra comme par enchantement. Weikath reprendra la direction du groupe et tout de suite après la tournée, se lancera dans la confection d’un deuxième greatest hits du groupe (coffret de trois albums, avec des pièces inédites, des faces B, etc.), décision qui sera contesté par quelques autres membres du groupe. D’ailleurs, les pièces choisis pour faire partie de ce greatest hits sont ma foi d’un goût douteux et ne ressemble en rien au compilation que je peux me faire d’Helloween. Qu’importe… Imaginez maintenant le topo lorsque les gars ont voulu discuter de la nouvelle direction à prendre pour un 11ième album studio. Très vite, la pagaille s’est installée et Weikath, exaspéré, s’est finalement décidé à faire le grand ménage. Dehors le talentueux batteur Uli Kursh (à mon grand désespoir), qui amènera avec lui le guitariste Roland Grapow (celui qui avait remplacé Kai Hansen à l’époque), pour former avec quelques chums le groupe Masterplan, dont le premier album, quelque peu ordinaire, plane entre le métal et le progressif. ![]() merci à helloween.org Pendant ce temps, Helloween accueillera dans ses rangs le guitariste Sascha Gertstner et le batteur Mark Cross, deux amis de longue date de Weikath. Mais comme un « malheur » n’arrive jamais seul, le batteur, Mark Cross se verra au prise avec des problèmes de santé assez sérieux pour qu’il se voit obliger d’abandonner son poste au sein d’Helloween, et cela, en pleine séance d’enregistrement. On trouvera un remplaçant temporaire, Mikkey Dee, batteur de Motorhead, ami de Weikath pour accomplir le reste du boulot, le temps qu’on engage en fin de compte Stefan Schwarzmann qui n’aura même pas eu la chance de toucher au nouvel album. Bref, c’est dans ce climat plus ou moins chambardé que le groupe se réunira pour pondre leur nouvel opus, Rabbit Don’t come easy, comme quoi il n’y a jamais rien de facile dans la vie ! À qui le dites-vous ! Que pensez maintenant de cet album, produit après un changement majeur au sein du groupe et limité par un carcan musical fixe et incontestable ?! Et bien, je ne peux cacher ma déception… Pour la première fois dans l’histoire de groupe, Helloween cesse d’avancer et d’évoluer, et se permet lâchement de cloner ce qu’il a déjà fait. Qui plus est, l’album n’a pas de concept ou de direction majeur. On tire partout avec des tounes qu’on peut associer avec d’autres de leur répertoire. Je m’explique… Par exemple, la première pièce et premier single de l’album, Just A little sign, ressemble énormément à tout ce qui a été fait lors de la production de l’album The Time of the oath. Ce sont les mêmes arrangements au niveau des guitares, avec la même production de son. Open your life, deuxième pièce, s’insérerait facilement dans l’album Better than Raw alors que Sun 4 the world et Back against the wall ont la même sonorité que l’album The Dark Ride. Au travers, on tombe sur des pièces comme The tune et Do you feel good, écrite par Weikath, avec une mélodie « vieillotte » du temps des Keepers, ou des chansons comme Never Be a Star et Don’t stop being crazy, écrites par Deris, qui ressemblent beaucoup à la production de Master of The Rings, album fait en 94. Il n’y a rien de nouveau dans les arrangements, contrairement à tous les autres albums, et aucune riff de guitare se démarque. Pire, on a même emprunté quelques signatures dans les arrangements à Stratovarius et Sonata Arctica, ce qui est un non-sens pour des précurseurs comme Helloween. Tant qu’à produire un album aussi vite fait, mal fait, on aurait dû se donner encore du temps et trouver un concept à exploiter, comme on l’avait toujours fait dans le passé. Et veut, veut pas, on ne peut s’empêcher de douter sur le choix des nouveaux musiciens qui n’ont sûrement pas eu un mot à dire sur la direction musicale à prendre. Est-ce que Weikath a engagé des moutons, pour garder le contrôle sur son groupe ? Ou bien ses nouveaux employés prendront un peu plus leur place dans les albums à venir ? C’est ce que je souhaite ardemment ! Je comprends les motivations de Weikath à vouloir garder un contrôle sur sa franchise, son bébé, c’est légitime de sa part. Mais si le groupe était toujours en vie aujourd’hui et respecté sur la scène métal, c’était justement parce que le groupe continuait d’innover à chaque album tout en gardant une ligne directrice, un but à atteindre, soit du power-metal énergisant et innovateur ! Helloween ne peut plus se permettre de revenir dans le passé et de mijoter dans son trou. Les fans vont déserter, c’est inévitable. Rabbit don’t come easy n’est pas un navet, loin de là. C’est seulement un album ordinaire, décevant pour certains, mais solide pour n’importe quel fan de métal. Open your life est une putain de bonne toune ! Elle peut être intégré à n’importe quelle compilation du groupe. Et mon dieu que les paroles sont bonnes, je vous donne un extrait : Ignorant and wasted, that’s what you are But you could be so much more Listen to your TV, believe the words And you’re dumber than before Try to see the real picture, train your mind To read between the lines Take your level higher, that is your way Just get up, Start out today Une mention honorable revient à Liar, probablement la pièce la plus heavy jamais produite par le groupe, qui relègue au grade de « moumoune » les pièces Savage et Push. Sun 4 the world, qui est dans la même vague que les Mankind, The Departed et We got the right, tient très bien la route. Bravo aussi à Back against the wall et Listen to the flies, deux pièces sombres avec des riffs solides. Et j’aime bien le slow Don’t stop being crazy, probablement un des meilleurs jamais écrit par Deris, même s’il ne semble pas faire l’unanimité chez les critiques. Mais pour ce qui est du reste, ça se promène entre le ordinaire (Just a little sign, Do you feel good) et le très mauvais (The Tune, Never be a star, Nothing to say). Helloween ne cassera donc pas la baraque avec son nouvel album, mais cela ne les empêchera pas de venir visiter l’Amérique du Nord pour la première fois depuis 1989. Et chanceux que nous sommes, ils viendront faire un tour à Montréal à l’Action de grâce, au Meddley. Je ne sais pas s’il reste encore des billets, mais si vous êtes intéressés à aller les voir, grouillez-vous. Pour les gens de la région de Québec, il est possible de se procurer des billets chez Vision Rock au Place Laurier. On attend près de 1500 personnes pour le show. Et j’y serai, fidèle amateur que je suis, pour enfin réaliser un vieux rêve d’enfance. Voir Helloween live !!! Discographie (avec appréciation) Helloween LP 8/10 Walls of Jericho 8/10 Keeper of the seven keys part 1 10/10 Keeper of the seven keys part 2 10/10 The Best-The Rest-The Rare 9/10 Pink Bubble go Ape 6/10 Chamaleon 5/10 Master of the Rings 6/10 The Time of the Oath 7/10 High lives 7/10 Better than Raw 8/10 The Dark Ride 8/10 Rabbit don’t come easy 6/10 |