This site hosted by Free.ProHosting.com
Google


La



Dossier


de Steve Ouellet
29 mars 2001

La guerre des Malouines


archives personnelles


En 1982, un des conflits les plus controversés de l'histoire humaine éclatait. L'Argentine et la Grande-Bretagne entraient en guerre pour " mettre la main " sur les Îles Malouines (ou Falkland). D'une étendue de 12000 km² et situées dans l'Atlantique sud, ces petits îlots de terre ne comptaient qu'à peine 2000 habitants. Pourtant, " les Falkland " ont été l'enjeu d'un conflit qui avait pris des proportions exagérées.

Olivier Rolin, journaliste pour le Nouvel Observateur, dira de cette guerre :


" La guerre de l'Atlantique Sud est une sorte de " trou noir " historique : pour un volume de matière à peu près nul, une masse potentiellement infinie de symboles usurpés ou non, de fureurs réciproques, de livres sterling ou de dollars jetés au feu de l'enfer, d'informations criblant un monde fasciné par le mariage tragique de l'absurde avec la rationalité guerrière. " (1)


Les conséquences de la guerre des Malouines seront toutes aussi absurdes et d'un certain point de vue, assez inattendues. Le seul résultat, que les " spécialistes " avaient prévu, sera les pertes humaines et matériels, assez élevées si on tient compte de l'enjeu. Olivier Rolin ajoutera :


" Et tout ça non pas " pour rien ", comme dans la chanson, mais pour des principes qui risquent fort de n'être que les prête-noms d'assez vulgaires émotions. Une guerre n'est pas forcément plus " intelligente " - au contraire - parce qu'elle se livre pour le contrôle de matières premières ou de positions stratégiques plutôt que pour des " causes sacrées ". Mais ici, nul enjeu matériel sérieux, et quelles causes ? " (2)


Justement, afin de mieux comprendre le conflit des Malouines, ce travail de recherche se " penchera " sur les causes, les enjeux et les conséquences de cette guerre qui a marqué le règne de la " Dame de fer ", Margaret Thatcher. Après avoir fait une brève mise en contexte " des Falkland ", je ferai une analyse des origines du conflit, ainsi qu'un bref survol de la guerre (affrontements dignes de mention, réactions internationales, négociations, conflit idéologique) en tant que telle. Par la suite, je m'intéresserai aux raisons de la victoire britannique, ainsi qu'aux conséquences du conflit pour la Grande-Bretagne


MISE EN CONTEXTE


merci à www.thenews.co.uk/news/falklands/menu.htm

L'archipel des Îles Falkland appartient au Royaume-Uni. Il est situé dans le sud de l'océan Atlantique, au nord-est de l'extrémité australe de l'Amérique du sud, soit à environ 500 km de l'Argentine et à 14000 km du Royaume-Uni (3). Les quelques 200 îles couvrent au totale près de 12000 km² et elles constituent une dépendance britannique autonome (seulement depuis 1985 pour la " Georgie-du-Sud et les îles Sandwich-du-Sud). Un gouverneur britannique et un conseil législatif de 10 membres administrent le territoire depuis la constitution de 1985 (4).

Les Malouines sont reconnues pour la rareté des arbres et la force des vents. Avec ces conditions climatiques difficiles, il ne faut pas se surprendre que les îles ne comptent au total que 2121 habitants (en 1991) (5). Les principales activités économiques des Falkland sont l'élevage ovin et l'exploitation lainière. De plus, depuis quelques années, les Malouines retirent des revenus de la pêche côtière étrangère. Les scientifiques britanniques pensent de plus que le territoire entourant l'archipel pourrait être un important réservoir de pétrole. Par contre, aucune recherche poussée n'a été faite en ce sens, car les coûts d'exploitations dans ces mers dangereuses sont trop élevés (6).

L'archipel fut découvert en 1592 par les navigateurs et explorateurs anglais John Davis et Sir Richard Hawkins. Sebald Van Weert, navigateur hollandais, accosta sur l'archipel en 1600 et il leur donna le nom des " Îles Sebald " (7). On explora véritablement les îles à partir de 1690 et c'est l'anglais John Strong qui leur donna le nom de Falkland. À partir de 1764, le français Bougainville débuta la colonisation de la partie orientale de l'archipel, alors que les Anglais étaient installés sur la partie occidentale (8). D'ailleurs, le nom de " Malouines " vient du fait que les colons français étaient originaires de Saint-Malo.

L'Espagne racheta ( grâce au Pacto de familia) la partie française en 1770, ce qui entraîna le départ des Anglais en 1774 (9). La chute de l'empire espagnole entraîna l'indépendance de l'Argentine en 1816 et elle revendiqua la possession de l'archipel en 1820. Cependant, les Anglais reprirent le contrôle des Malouines en 1833, ce qui chassa les Argentins. Cet incident serait la principale cause " officielle " du conflit des Malouines. En effet, c'est à partir de 1833 que l'Argentine revendiqua l'archipel des Falkland à la Grande-Bretagne. Les négociations dans le but de régler la question de la souveraineté des Malouines débutèrent en 1960 aux Nations Unies et elles étaient toujours en cours lorsque la guerre commença en 1982. Malgré la victoire anglaise, l'Argentine revendique toujours aujourd'hui les îles, mais au moins, celle-ci a repris les relations diplomatiques avec le Royaume-Uni en 1990 (10).


ORIGINES DU CONFLIT


merci à www.thenews.co.uk/news/falklands/menu.htm

Comme mentionné auparavant dans la " mise en contexte ", c'est les revendications de l'Argentine sur l'archipel des Malouines qui est la principale cause " officielle " du conflit. Je dis officielle entre parenthèses, parce que nous verrons plus loin qu'il y avait d'autres motifs à cette escalade de violence. L'Argentine n'a donc jamais reconnu l'autorité anglaise sur l'archipel. Selon sa logique, celle-ci considérait que les " Malvinas " lui revenaient de droit. D'abord, l'Argentine reproduisait sur ses cartes géographiques les Malouines depuis 1529 (11). De plus, elle considérait que le véritable " découvreur " des " Malvinas " était un navigateur portugais de retour de l'expédition de Magellan. Elle invoquait aussi que le Royaume-Uni a reconnu officiellement et définitivement, par le Traité d'Utrecht en 1713, " la souveraineté de l'Espagne sur les territoires colonisés par cette dernière " (12).

De plus, on le sait, les possessions françaises sur l'archipel des Malouines ont été vendues aux Espagnols en 1770 et les Anglais ont quitté " de leur plein gré " les Falkland en 1774. Comme l'archipel appartenait officiellement à l'Espagne, cela veut donc dire que l'Argentine héritait automatiquement " de tous les droits espagnols sur les territoires de la région " lors de son indépendance. Comme l'Argentine a été chassée de force par les Anglais en 1833, elle conserve néanmoins son droit sur l'archipel (13).

De son côté, la Grande-Bretagne croyait que c'était John Strong qui a été le premier à débarquer officiellement sur les Falkland en 1690 (14). De plus, elle considérait qu'elle occupait les îles de façons officielles depuis 1833 et que les habitants approuvaient depuis toujours la souveraineté britannique. Que ce soit d'un côté comme de l'autre, avouons que les arguments ne sont guère convaincants. Tant qu'à cela, la France et l'Espagne détiennent autant de " droits " que les autres sur ces " minuscules particules de terre ". Le conflit des Malouines a donc pour origine des causes beaucoup plus complexes et intéressantes.

Les négociations entre les deux pays avaient débuté en 1960 et tout allait bien jusqu'en 1982. La Grande-Bretagne avait même offerte en 1979 à l'Argentine une proposition semblable au statut de Hong Kong. Il s'agissait d'une reconnaissance de la souveraineté argentine en échange d'un bail de 99 ans octroyé à la Grande-Bretagne (15). Pourquoi l'Argentine va-t-elle refusé ce " compromis " ? Le refus argentin s'expliquait par la situation intérieure du pays. À l'époque, c'était une dictature (" junte militaire de Buenos Aires ") qui se retrouvait à la tête du pays.

Celle-ci faisait face en 1981 à une inflation dépassant les 120% et à un chômage qui frappait 20% de la population active. De plus, la dette extérieure dépassait les 250 milliards de francs (16). La junte devait aussi faire face à un clergé distant qui prônait le retour à la démocratie, et à une agitation sociale. Les dictateurs militaires argentins étaient donc désireux de " détourner " l'attention du peuple vers un objectif qui " solidifierait " à l'unisson l'opinion nationale. On voulait donc transférer " sur un ennemi extérieur les difficultés internes ". La Grande-Bretagne devenait donc l'adversaire idéal pour l'Argentine. C'est donc pour cette raison qu'elle a refusée l'offre anglaise, car ce gain diplomatique n'aurait pas été perçu par le peuple argentin comme une victoire sur le Royaume-Uni.



merci à www.thenews.co.uk/news/falklands/menu.htm

L'Argentine a donc choisi l'option militaire, mais ce choix allait devenir une erreur fatale pour les dictateurs. En effet, ceux-ci avaient mal évalué la possible réaction britannique (17). Le gouvernement argentin croyait que la Grande-Bretagne ne répliquerait pas à l'attaque, se contentant seulement de protester. De plus, l'Argentine avait mal calculé le rapport de force, car le Royaume-Uni se retrouvait à l'époque dans des procédures de réduction des effectifs militaires afin de moderniser l'appareil nucléaire du pays. La Grande-Bretagne avait même rappelé le navire de surveillance " l'Endurance " qui assurait la protection de l'archipel. Jamais, l'Argentine ne croyait que les Anglais seraient intervenus à plus de 15000 km de leurs bases, et cela, dans une région inhospitalière durant l'hiver (18).

En fait, c'était mal connaître le caractère de la " Dame de fer ", Margaret Thatcher, qui était à l'époque premier ministre conservateur du pays depuis 1979. Celle-ci faisait face aussi à des problèmes intérieurs. À son arrivée au pouvoir, elle tenta d'instaurer " une démocratie des petits propriétaires " inspirée par les valeurs victoriennes. Pour atteindre son objectif, elle s'arrangea pour que les revenus individuels " progressent aux dépens du salaire social " (dépenses de santé, d'assurance-chômage et d'assistance-sociale) (19). C'est ainsi qu'elle privilégia la réduction des dépenses publiques et la privatisation de l'appareil gouvernemental.

Cette politique sociale et économique, qui privilégiait la classe moyenne aux dépens des riches et des pauvres, mit un certain temps à devenir efficace. Ces premiers résultats économiques décevants, combinés à un taux de chômage croissant, entraînèrent un mécontentement social important (20). La côte de popularité de la " Dame de fer " diminua considérablement et sans la déconfiture dans les sondages du chef du parti travailliste Michael Foot, la défaite aux élections de 1983 serait devenue éminente (21). L'attaque de l'Argentine contre le territoire anglais devenait l'occasion rêvée pour Margaret Thatcher de rétablir la situation. Emparée d'une frénésie impériale, la " Dame de fer " consentit un effort de guerre au-delà des espérances.

Le conflit des Malouines n'était pas seulement une occasion pour les gouvernements des deux pays de rehausser leur prestige personnelle, il y avait aussi d'autres raisons. Selon une théorie non confirmée, mais tout de même plausible, l'attaque argentine aurait été précipitée par l'existence de négociations secrètes entre les États-Unis et la Grande-Bretagne pour la cession de l'archipel aux Américains (22). Les États-Unis auraient eu pour objectif d'établir une base militaire d'importance à cet endroit. À l'heure de la Guerre Froide, posséder un établissement militaire dans ce coin de la planète donnait sans aucun doute des avantages intéressants. En effet, une base d'envergure permettrait à son propriétaire de contrôler les passages maritimes et donnerait aussi à celui-ci la chance d'avoir " des vues " sur l'Antarctique.

La Guerre des Malouines avait aussi un enjeu économique pour la Grande-Bretagne. À première vue, l'archipel ne détenait pas de richesses naturelles intéressantes. Néanmoins, comme mentionné dans la " mise en contexte ", le Royaume-Uni croyait au potentiel pétrolier de l'archipel. Si l'exploitation à court terme de ce " réservoir " de pétrole représentait un risque financier énorme, les compagnies pétrolières anglaises pouvaient au moins espérer qu'avec l'avancement technologique, le tout deviendrait profitable d'ici quelques années. Toujours sur le plan économique, la Grande-Bretagne avait aussi des projets pour l'exploitation de la pêche aux krills (une sorte de petites crevettes) qui abondaient dans ces régions (23). Il faut par contre mettre un bémol sur ces raisons économiques, qui avaient certainement un rôle non négligeable à jouer dans la concrétisation de ce conflit, en comparaison avec les questions de principe.


LE CONFLIT DES MALOUINES


merci à www.thenews.co.uk/news/falklands/menu.htm

La Guerre des Malouines s'amorça le 2 avril 1982 lorsque que les Argentins envahirent l'archipel et chassèrent la garnison britannique. Le lendemain, le gouvernement britannique rassemblait d'urgence les députés pour une session extraordinaire afin de rassembler une impressionnante flotte. Margaret Thatcher constituera une force de 40 navires de combat, d'une cinquantaine de navires de soutien militaires et civils réquisitionnés (dont le Queen-Elizabeth, le Canberra et l'Ouganda), de 40 avions, de 60 hélicoptères, de 28000 hommes et de 4 sous-marins nucléaires d'attaque (24). La " Dame de fer " ne voulait pas seulement " montrer " sa puissance militaire aux Argentins, elle voulait démontrer que son pays " disposait de la volonté politique et des moyens militaires " pour faire plier l'Argentine (25).

Toujours dans la même journée, le Conseil de sécurité de l'ONU avait voté pour le retrait immédiat des forces d'invasions argentines afin de rétablir les négociations entre les deux pays (26). Bref, elle soutenait la Grande-Bretagne. Quelques jours plus tard, la Communauté européenne décrétait un embargo sur les importations argentines dans les pays européens et sur les ventes d'armes à l'Argentine (27). Les États-Unis donneront aussi leur appui au Royaume-Uni, ce qui souleva des protestations dans toute l'Amérique du sud. Et pour cause, puisque les Américains contrevenaient à la doctrine Monroe. De son côté, l'Union soviétique restera plutôt silencieuse devant le conflit. Il faut dire que celle-ci avait une divergence d'opinion avec la junte militaire de l'Argentine.

Le conflit prendra des proportions absurdes et exagérées lorsque Margaret Thatcher ordonnera la destruction du navire argentin " Belgrano ", pierre angulaire de la flotte argentine. Le tout se déroulera le 2 mai, ce qui entraînera la mort d'environ 350 soldats argentins. Deux jours plus tard, l'Argentine répliquait en coulant le "Sheffield " (28). Pourtant, plus rien ne pouvait arrêter les Britanniques. Ceux-ci, qui occupaient l'île de la Georgie-du-Sud depuis le 25 avril, mirent en pièce l'aviation argentine, morceau par morceau.



merci à www.thenews.co.uk/news/falklands/menu.htm

Peu à peu, l'opinion publique internationale se modifia. Bien des pays européens se sont questionnés sur l'intransigeance de la " Dame de fer ", remettant même en doute l'embargo sur l'Argentine. En Amérique du sud, des rumeurs voulaient que le Pérou était près d'une alliance avec l'Argentine. Celle-ci aurait même refusé le soutien des communistes de Cuba et de l'Union soviétique. Même l'Afrique du sud avait l'intention de se joindre au conflit (29). Pourtant, personne ne le fera vraiment.

Heureusement pour la junte militaire, le peuple argentin semblait l'appuyer dans le conflit. La destruction du " Belgrano " ne fera qu'envenimer la situation. Pourtant, les observateurs étrangers remarqueront que le peuple argentin semblait en vouloir autant aux Américains pour les avoir " trahi ", qu'aux Britanniques. Du côté anglais, Margaret Thatcher jouissait de l'appui total de son peuple. Frénésie impérialiste, nationalisme exacerbé ou fièvre des Malouines, il est bien difficile de trouver le terme exact à ce " phénomène anglais ". Si au début, cette guerre était une question de principe pour les Anglais, elle était devenue, avec la perte du " Sheffield " et de plusieurs vies anglaises, l'occasion parfaite pour venger les morts.

Pourtant, bien des Britanniques ont remarqué l'absurdité de la situation.


" Personne n'en avait jamais entendu parler, de ces sacrées îles (bloody islands), avant que les Argentins s'en mêlent. Moi, je les connaissais, mais c'est par hasard... Je fais la collection de timbres. De très jolis timbres, avec des moutons dessus... Notez cela, pour votre article : les seuls Anglais qui connaissaient l'existence des Falkland avant cette histoire, c'étaient les philatélistes. " (30)


" Cela fait des années que nous cherchons à nous débarrasser des Falkland. Si nous les avons gardées, c'est parce qu'il n'était pas facile de négocier avec l'Argentine. Et par égard pour les habitants des îles, qui se considèrent comme des Anglais. Mais nous n'en avons aucun besoin... Au fond, si nous combattons l'Argentine, ce n'est pas tant pour les reprendre que pour trouver la façon la plus digne de les perdre... " (31)


Malgré ces quelques oppositions, la population restait néanmoins derrière la " Dame de fer ". " C'est la chose la plus excitante qui soit arrivée aux Anglais depuis les Beatles " répondait un autre anglais (32). Un petit garçon de 6 ans trouvera même une solution parfaite au conflit : " Puisqu'il y a deux îles, on n'a qu'à en garder une pour nous, et on donnerait l'autre aux Argentins " (33). Malheureusement pour celui-ci, Margaret Thatcher n'aura pas à utiliser cette alternative, puisque le 15 juin, elle obtenait la reddition de la garnison argentine.


RAISONS DE LA VICTOIRE BRITANNIQUE


merci à www.thenews.co.uk/news/falklands/menu.htm

Plusieurs raisons expliquent la victoire britannique. La première est une raison de logistique et de nombre. D'abord, les Anglais étaient plus nombreux que les Argentins dans la zone de l'archipel, autant au niveau humain (28000 contre 10000) que matériel (34). D'un point de vue technologique, la Grande-Bretagne détenait aussi l'avantage. L'équipement de l'infanterie argentine et la marine étaient de bien piètre qualité et cette dernière n'a pas su faire le poids devant la marine anglaise (35). Par contre, si le Royaume-Uni détenait le contrôle de la mer, c'était l'Argentine qui contrôlait de façon redoutable les voies aériennes, ce qui explique la destruction du " Sheffield ". Cette déficience aurait pu être évité avec la présence des immenses porte-avions anglais, mais les restrictions budgétaires ont eu raison sur le choix du gouvernement britannique. On peut aussi se questionner sur les stratégies militaires de certains généraux argentins, dont Mario Benjamin Menendez (36).

La victoire britannique s'explique aussi par le soutien diplomatique de la communauté européenne, des Nations Unies et des États-Unis. Avec l'appui des pays européens, la Grande-Bretagne a pu appliquer un embargo d'envergure qui a fait mal à l'économie argentine. Le soutien des Américains a aussi profité aux Anglais, surtout grâce au support des satellites américains qui ont permis une meilleure coordination de l'offensive britannique (37). Il n'y a pas de doute que l'isolement de l'Argentine dans la Guerre des Malouines a aussi profité à la Grande-Bretagne. Comme l'a dit Olivier Rolin :


" ...l'Argentine a été écrasée parce que personne n'était prêt à voler au secours de ce pays embarrassant. Furieusement pro-occidentale, mais dirigée par une junte détestable, elle ne pouvait vraiment compter sur le soutien des démocrates. En dépit de ses récentes professions de foi, elle n'appartenait pas non plus, politiquement, au tiers monde, encore moins, cela va sans dire, à la mouvance communiste. L'Argentine n'était nulle part. " (38)


La raison principale qui explique la victoire britannique est sans aucun doute la vague d'émotion populaire ou le renouveau nationaliste qui est survenu au Royaume-Uni. Le soutien du peuple anglais a permis à Margaret Thatcher de faire face aux virulentes critiques de l'opposition travailliste, ainsi qu'à l'opposition internationale. Cet appui a donné raison à l'obstination de la " Dame de fer ", qui avait supervisé personnellement le déroulement du conflit.


CONSÉQUENCES DU CONFLIT


merci à www.thenews.co.uk/news/falklands/menu.htm

Les conséquences de la Guerre des Malouines seront gigantesques et totalement absurdes, si on tient compte que l'enjeu de ce conflit était un petit archipel regroupant 2000 habitants situé à l'autre bout du monde. Sur le plan matériel, le Royaume-Uni a perdu 2 destroyers, 2 frégates et un cargo, sans oublier quelques avions et hélicoptères au passage (39). Sur le plan humain, cette guerre représentait un total de 255 morts et de 777 blessés. Au total, la guerre des Malouines coûtera entre 700 et 900 millions de livres sterling à la Grande-Bretagne pour l'année budgétaire 1982-1983. Ces dépenses comprenaient entre autres le coût de la mobilisation des soldats, de l'équipements militaires et de l'équipements réquisitionnés. À cela s'ajoutait un engagement d'en dépenser 600 millions dans les années qui vont suivre afin de défendre l'archipel (40).

Aujourd'hui, les Falkland se retrouvent avec un hôpital et des équipements militaires ultramodernes, tout cela pour défendre et desservir 2000 habitants qui n'en demandaient pas tant. En 1982, c'était un luxe que la Grande-Bretagne ne pouvait pas se payer. Les coûts seront tout aussi astronomiques pour l'Argentine, qui possédait encore moins les moyens de se défrayer un conflit armé que le Royaume-Uni. Si, sur le plan humain, on comptait pas moins de 635 morts, l'Argentine a perdu matériellement parlant un croiseur, un sous-marin, un patrouilleur, trois navires de transport et plusieurs avions de chasse (41). Devant cette défaite cinglante, la junte militaire n'a pas eu d'autres choix que de céder le pouvoir aux civils. Face à une crise économique horrible, empirée par les sanctions de l'embargo, l'Argentine ressortait dévasté du conflit.

Par contre, aussi inattendu que cela puisse paraître, la Guerre des Malouines sera la planche de salut pour Margaret Thatcher. Alors que le pays était au bord de la crise, la " Dame de fer " sut tirer profit du conflit. Elle fut ainsi considérée comme un sauveur et sa popularité en Grande-Bretagne atteignit un sommet remarquable. Indirectement ou inconsciemment, elle avait effacé toutes les traces du déclin impériale britannique. C'est ainsi que le 9 juin 1983, Margaret Thatcher gagnait de brillantes façons les élections, ce qui lui donnait un deuxième mandat (42).



merci à www.thenews.co.uk/news/falklands/menu.htm

Malgré cette ferveur nationaliste, l'affaire des Malouines restera un thème de controverses au Royaume-Uni. On chargea une commission d'enquête (Commission spéciale de conseillers privés de la Reine), présidée par lord Franks, d'étudier les circonstances du conflit. Cette commission permit de décharger de toute responsabilité dans le déclenchement du conflit Margaret Thatcher. Elle releva aussi certaines inquiétudes face à l'échec des négociations anglo-argentines en 1981, ainsi que sur la démission du secrétaire au " Foreign Office " lord Carrington. Surtout, elle n'a fait aucun reproche à la " Dame de fer " sur sa possible intransigeance coupable face à la destruction du Belgrano (43).

La Guerre des Malouines représentera aussi une cuisante défaite diplomatique pour les États-Unis. En se rangeant du côté des Britanniques, les Américains se retournaient théoriquement contre leurs alliés sud-américain. Ils trahissaient ainsi la Doctrine Monroe (44). Ce conflit a donc mit en danger une alliance diplomatique qui durait depuis plus de 100 ans. Du même coup, ce retournement de situation menaçait l'équilibre mondial dans le contexte de la Guerre froide et il risquait de provoquer une nouvelle confrontation entre les deux géants. Dans un autre ordre d'idées, " l'Establishment financier américain " redoutait un effondrement ou même une faillite de l'Argentine, ce qui aurait eu des répercussions jusqu'en Amérique.

Finalement, la Guerre des Malouines a aussi remit en question la vente d'armes. L'exemple le plus frappant fut celui de la France. Alors que celle-ci appuyait inconditionnellement le Royaume-Uni dans le conflit, alors qu'elle votait au sein de la CEE des sanctions économiques contre l'Argentine et alors qu'elle aidait la flotte anglaise dans ses stratégies militaires, elle en profitait pour vendre à l'Argentine des systèmes Exocet (45). Ces mêmes systèmes ont permis à l'Argentine de couler deux puissants navires anglais, dont le Sheffield. De plus, que dire des champs de mines anti-personnelles qui recouvrent dangereusement une partie des Falkland encore aujourd'hui !


CONCLUSION


Comme l'a si bien dit Jean Paucot : " La Guerre des Falkland a suivi en définitive un scénario sans doute plus imprévu qu'imprévisible " (46). " Scénario imprévu " pour l'Argentine, puisqu'elle ne se doutait pas que la Grande-Bretagne répliquerait avec autant de force à son attaque, surtout lorsque l'enjeu était un archipel situé à 15000 km du pays et qu'il regroupait 2000 personnes. De plus, personne n'avait prévu la réaction de peuple anglais. Alors qu'on aurait pu croire que les Britanniques se retourneraient contre leur premier ministre, ils donnèrent en contrepartie leur appui total à la " Dame de fer ".

Personne n'avait prévu que ce conflit marginal à l'origine allait prendre cette ampleur et qu'il allait impliquer une si grande force militaire d'intervention. Surtout, personne n'aurait pu croire que 800 êtres humains allaient mourir pour une question de principe aussi ridicule. On dirait que l'Argentine et la Grande-Bretagne ont foncé tête première dans le conflit, mais que lorsqu'elles se sont rendu compte de l'absurdité de la chose, il était trop tard pour faire marche arrière. Bref, les deux pays ont tenté de limiter les dégâts, tout en essayant de ne pas perdre la face. Selon les observateurs, Margaret Thatcher et la Grande-Bretagne auraient ressorti " grandit " du conflit des Malouines, mais est-ce vraiment le cas ? N'y a t'il pas un dicton qui dit que personne ne devient grand par la guerre ?


NOTES DE RÉFÉRENCE


(1) Olivier Rolin. Port Stanley... et après ? Le Nouvel Observateur, no 917, (5 juin 1982) page 33.
(2) Ibid., page 33.
(3) Jan Krauze. Malouines, l'archipel blessé. Géo, no 115, (septembre 1988), page 156.
(4) Malouines, conflit des, Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 98, © (1993-1997), Microsoft Corporation, (cd-rom).
(5) Ibid., (cd-rom).
(6) Philippe Coste. Malouines, les protégés de Maggie, L'express, no 1990, (1er septembre 1989), page 38 et 39.
(7) Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 98, op.cit., (cd-rom).
(8) Jean Paucot et Dominique David. Après les Malouines, Projet, no 169, (novembre 1982), page 1132.
(9) Ibid., page 1133.
(10) Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 98, op.cit., (cd-rom).
(11) Jean Paucot et Dominique David, op.cit., page 1133.
(12) Ibid., page 1133.
(13) Ibid., page 1133.
(14) Jan Krauze, op.cit., page 155.
(15) Jean Paucot et Dominique David, op.cit., page 1125.
(16) Ibid., page 1125.
(17) Ibid., page 1125.
(18) Ibid., page 1125.
(19) Jacques Leruez. La Grande-Bretagne après les élections de juin 1983, Études, no 360, (janvier 1984), page 8.
(20) Malouines, guerre des, Encyclopédie Universalis ® France ®, (1995), (cd-rom).
(21) Jacques Leruez, op.cit., page 12.
(22) Jean Paucot et Dominique David, op.cit., page 1127.
(23) Ibid., page 1127.
(24) Ibid., page 1126.
(25) Ibid., page 1126.
(26) Encyclopédie Universalis ® France ® 95, op.cit., (cd-rom).
(27) Ibid., (cd-rom).
(28) François Schlosser et Olivier Rolin. Malouines : l'escalade, Le Nouvel Observateur, no 913, (8 mai 1982), page 25.
(29) Olivier Rolin, op.cit., page 34.
(30) Catherine David. Londres : l'honneur au bout du monde, Le Nouvel Observateur, no 914, (15 mai 1982), page 35.
(31) Ibid., page 36.
(32) Ibid., page 36.
(33) Ibid., page 36.
(34) Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 98, op.cit., (cd-rom).
(35) Olivier Rolin, op.cit., page 34.
(36) Ibid., page 34.
(37) Ibid., page 34.
(38) Ibid., page 34.
(39) Jean Paucot et Dominique David, op.cit., page 1126.
(40) Encyclopédie Universalis ® France ® 95, op.cit., (cd-rom).
(41) Jean Paucot et Dominique David, op.cit., page 1126 et 1127.
(42) Jacques Leruez, op.cit., page 8.
(43) Encyclopédie Universalis ® France ® 95, op.cit., (cd-rom).
(44) Jean Paucot et Dominique David, op.cit., page 1128.
(45) Ibid., page 1130.
(46) Ibid., page 1130.


BIBLIOGRAPHIE


COSTE, Philippe. Malouines, les protégés de Maggie, L'express, no 1990, (1er septembre 1989), page 36 à 39.

DAVID, Catherine. Londres : l'honneur au bout du monde, Le Nouvel Observateur, no 914, (15 mai 1982), page 35-36.

KRAUZE, Jan. Malouines, l'archipel blessé. Géo, no 115, (septembre 1988), page 146 à 159.

LERUEZ, Jacques. La Grande-Bretagne après les élections de juin 1983, Études, no 360, (janvier 1984), page 5 à 18.

Malouines, conflit des, Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 98, © (1993-1997), Microsoft Corporation, (cd-rom).

Malouines, guerre des, Encyclopédie Universalis ® France ®, (1995), (cd-rom).

PAUCOT, Jean et Dominique David. Après les Malouines, Projet, no 169, (novembre 1982), page 1124 à 1138.

ROLIN, Olivier. Port Stanley... et après ? Le Nouvel Observateur, no 917, (5 juin 1982) page 33 et 34.

SCHLOSSER, François et Olivier Rolin. Malouines : l'escalade, Le Nouvel Observateur, no 913, (8 mai 1982), page 24 à 26.

Ce travail a été rédigé entre février et avril 1998. Toute reproduction est interdite sans le consentement de l'auteur.





 



retour