Chronique de Glandu11 avril 2001 Astérix contre les critiques ![]() archives personnelles Cette semaine, pas question de me lancer dans un sujet lourd tel le prochain sommet des Amériques, alors que l'on tente créer des barricades pour pallier à une éventuelle attaque de ces dangereux jeunes qui ne sont armés que des idéaux de la démocratie. J'ai comme une folle envie d'écrire aux responsables de la sécurité et de leur proposer de poster des " snipers " sur le toit, histoire de se protéger contre les manifestants. Le sommet des Amériques, une autre belle tour d'ivoire où je verrais très bien sauter une bombe. Enfin. Calmons-nous. Cette semaine, je m'offre du bonbon. En fait, il est tout à fait légitime que le littéraire que je suis s'adonne à son métier et fasse de la critique. Alors pour me faire plaisir, je vous offre le compte-rendu critique du tout dernier Uderzo : Astérix et Latraviata . Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, et qui souhaitent le faire, je tiens à préciser que je divulguerai passablement le contenu de l'album. Que de remous il a créés le 31e album d'Astérix. D'abord avant sa parution, alors qu'on a accusé Uderzo de vouloir faire un solide coup d'argent, à travers une campagne marketing monstre, et ensuite à sa sortie. On peut dire que les critiques ont été unanimes : le petit dernier est très mauvais. C'est le tout premier jour de sa sortie que je me suis procuré Astérix et Latraviata . J'étais plutôt fébrile à l'idée de pouvoir enfin m'offrir un moment de bonheur en me délectant des dernières aventures du petit nabot moustachu et de son goinfre de copain. Après tout, il y avait déjà 5 ans que le prolifique auteur ne nous avait pas comblés. Je dois dire que, ayant tout fait pour ne pas me laisser corrompre par les critiques, je ne savais pas à quoi m'attendre. Le dernier album, La galère d'Obélix avait été pour le moins surprenant, du moins à mes yeux. Uderzo chargeait la trame de son histoire d'une étonnante touche de mysticisme, en envoyant nos protagonistes dans l'Atlantide. Plusieurs ont détesté. Pour ma part, après la surprise initiale, j'ai, au fil de plusieurs lectures, amadoué cet album. Maintenant je l'adore. Dès rendu chez moi, je n'attends plus et je commence la lecture de ce nouveau-né, sans toutefois espérer un chef-d'œuvre. Ça commence plutôt bien : Astérix et Obélix reviennent de la chasse avec des sangliers sous le bras. Rien de neuf sous le soleil ce qui, dans le cas des " Astérix ", nous rassure grandement. Mais alors, tout déboule. Le village est vide. Les camarades se sont cachés pour faire une surprise à Astérix et Obélix. Ils sortent de leur cachette en hurlant : " joyeux anniversaire ! ". Panoramix précise alors que Astérix et Obélix sont nés le même jour. Euhhhh. Ça ne colle pas. Premier accrochage. Je lance un " eh merde !!! " de désespoir. Je savais qu'Uderzo prenait de l'âge, mais je ne le savais pas atteint d'une maladie occasionnant chez lui une perte de mémoire et une incohérence flagrante. Car enfin, dans Obélix et compagnie , on célèbre l'anniversaire du livreur de menhir et non celle d'Astérix. Ils ne sont pas, en principe, si on se fie aux histoires précédentes, nés en même temps. Bon, c'est un détail. Par contre, la suite nous offre un tas de mauvaises surprises. Les parents d'Astérix et d'Obélix font leur entrée en scène. Il en aura fallu du temps. Et après, ça déboule. On vogue, au fil des pages, de déceptions en déceptions. L'histoire est complètement décousue, alors que se succèdent une série d'événements mal reliés. La profondeur et le travail de l'intrigue qui faisaient la richesse des précédents albums ont été négligés. Les romains ne veulent plus tout à fait s'en prendre aux Gaulois, ils ne sont intéressés que par un glaive sans qu'on sache trop pourquoi. Les pères respectifs de nos deux héros sont capturés, sans cause apparente. Tout est dit, rapidement, mais rien n'est approfondi. Et le personnage qui donne son nom au titre, Latraviata, n'est que superficiellement approfondi. On esquisse une vulgaire caricature de la grande tragédienne sans nous faire déguster les subtilités habituelles chez un tel personnage. Les clins d'œil historiques sont ainsi très rares. Bref, à la base, tout ce qui faisait le charme des précédents albums est manquant. Les critiques se sont empressés, soit par des critiques très personnelles, où les auteurs faisaient part de leur déception, soit par des critiques littéraires à proprement parler, de crier au scandale et de vouloir livrer à l'autodafé de leurs paroles incendiaires l'album très attendu. C'est ici que j'aimerais relativiser les choses. Bien que je reconnaisse les défauts du dernier album d'Astérix, je ne reconnaîs aucune légitimité à la critique journalistique de s'emparer d'un tel objet. Pourquoi livrer au champ littéraire ce qui est du domaine de la bd et, par définition, quelque chose qui fait appel à l'imaginaire, au rire et à l'horizon d'attente de ceux qui reçoivent l'œuvre avec une joie enfantine. Je crois qu'il faut savoir, en présence d'une bande dessinée, laisser de côté tout l'arsenal critique et se contenter de dire : j'ai aimé ou j'ai détesté, tout en prenant soin de faire comprendre aux lecteurs que la meilleure chose à faire en présence du tout dernier Astérix est d'aller le lire eux-mêmes. Lorsque j'eût passé la période de déception, et après une seconde lecture, j'ai réussi à prendre un certain plaisir à lire l'album. Plusieurs moments joyeux sont venus illuminer ma journée. D'abord, il n'est pas inintéressant de voir arriver les parents d'Astérix et d'Obélix. Ça occasionne quelques répliques marrantes et ça décroche quelques sourires. Ensuite, comment rester indifférent dans le tout premier Astérix où on voit Obélix recevoir une solide droite de son meilleur copain et atterrir un mètre plus loin. Plutôt inhabituel. Bref, plusieurs éléments de surprise ainsi que plusieurs des petits détails qui ont fait en sorte que nous restions accroché à ces aventures depuis si longtemps viennent agrémenter la lecture. Uderzo n'est plus très jeune et je crois que nous avons peut-être eu là le dernier Astérix à jamais. Je refuse de voir comme une déception ce qui pourrait être un héritage. Depuis quelques années, tous mes favoris nous ont quitté : Franquin, en 94, Charles M. Schultz, l'années dernière. Lorsqu'Uderzo les rejoindra, ce sera un autre des plus grands artisans de la bd qui va nous quitter. Il faut savoir apprécier Astérix et la Traviata pour ce qu'il est : le dernier titre maladroit et précipité d'une œuvre qui, si on la regarde de plus près, n'a jamais échappé à une délicieuse incohérence. Après tout, nous aurions pu accuser Uderzo de ne pas avoir eu d'imagination et de s'être pastiché lui-même. Ce n'est, à mon sens, pas le cas. Nous avons là l'album d'un homme à court d'idées qui a creusé dans ses derniers retranchements pour, encore une fois, nous faire rire et nous émerveiller. Vous pouvez choisir de critiquer, le livre vous appartient après tout. Pour ma part, j'ai choisi de rire, me détendre et de donner sa place à cet album au sein d'une œuvre grandiose dont il est peut-être la conclusion. |