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Chronique de Glandu


14 mars 2001

Anthologie de la destruction II : America must be destroyed !




Nous voilà rendus à la seconde étape de votre rééducation. Il est épatant de s'enfoncer dans les frontières américaines de la musique punk. Le punk, n'ayant pas été inventé aux Etats-Unis, les américains se devaient d'arriver à se démarquer en créant une version bien à eux. C'est ainsi qu'ils ont décidé que la vitesse de la guitare devait être augmentée, que le chanteur devait hurler comme un forcené et que le batteur devait être capable de performances rythmiques frôlant l'athlétisme. Ils ont appelé ça le " hardcore ". En fait, comme dans tous les domaines, les américains, ne voulant pas être en reste, se sont dit que le punk ne devait pas échapper à une certaine conception américaine de l'industrie. Si on prend pour exemple le cinéma, les américains sont ceux qui excellent dans les méga-productions de films de série B. Hollywood est la machine la plus lucrative au monde dans le domaine du cinéma. Mais d'un autre côté, les américains, ne voulant pas être reconnus comme ceux qui détruisent le septième art, sont riches d'une tradition d'un cinéma d'auteur, de productions indépendantes de qualité. Ce constat est aussi applicable à la musique et même à la musique punk.

Il y a quelques années, soit avant l'éclosion du mouvement " grunge ", la musique punk était tout à fait inconnue, décriée et laissée seulement aux initiées et aux marginaux. Vers le début des années 90, notamment avec le très minable Nirvana, le grunge est propulsé à l'avant-scène. C'est un mouvement qui emprunte à la fois au " peace and love " et au punk. Au niveau musical, on peut y voir une refonte du punk, du métal et du progressif. Le succès du mouvement " grunge " ouvrira la porte à la vague punk qui surgira vers 1994. À cette époque, des groupes comme Green Day, Bad Religion (plus vieux ceux-là), Offspring et Rancid font leur entrée, non seulement sur la scène, mais au palmarès. Le succès est instantané et on voit naître une génération d'ados vêtus, comme leurs idoles, de pantalons qui traînent dans la boue et d'une tuque bien enfoncée sur les yeux. Le punk devenait, malheureusement, une mode. YO!!!!

Pour quelqu'un comme moi qui écoute de la musique punk depuis environ dix ans, j'ai longtemps hurlé contre cette vague et je continue à le faire. Je me considère, dans le domaine, comme un puriste et je n'ai pas apprécié de voir apparaître un mouvement qui venait détruire, en son essence, la mentalité punk. D'abord, au niveau musical, nous avions doit à une version ramollie du punk, quelque chose de plus mélodique, avec une voix aiguë, paumée. Selon moi, tous les groupes issus de cette époque se ressemblent, comme une série de clones auxquels ont aurait permis des variantes. Ensuite, au niveau de la mentalité, les groupes qui ont connu leur totale éclosion lors de cette nouvelle mode n'ont, semble-t-il, rien compris à ce qu'est le punk. Désormais, il n'est plus question d'anarchie. Il y a certes un message social, mais il est moins fort, moins révolutionnaire. Le sentiment insurrectionnel qui nous prend à l'écoute des chansons punks, les vraies, n'est plus présent. Cette fois, puisque le gros du mouvement vient de la Californie, il est question de " skateboard ", de " surf " et de jeunesse. La politique a, pour ainsi dire, disparu de la trame discursive des groupes californiens. De plus, ces groupes, faisant la couverture de plusieurs magazines " glamours " commencent à faire des promotions monstres et à se laisser entraîner dans l'engrenage de la machine commerciale, en faisant de plus en plus d'argent; il n'est plus question de parler de remise en question du " star-system ", autre valeur prônée par les punks, les vrais. Bref, c'est la pureté même du punk qui a connu une sérieuse altération.

Heureusement pour les puristes, il reste, avec le " hardcore " (et le punk, le vrai) quelques groupes qui sont fidèles à leurs racines et qui continuent de hurler leur agressivité à la face du monde, de dénoncer les injustices et d'attendre la grande révolution anarchiste. Si le punk version commerciale est surtout basé en Californie, le hardcore a aussi sa capitale : New York. C'est là que le hardcore a pu se trouver un lieu de concentration, de survie et d'épanouissement : LE CBGB. C'est dans cette salle de spectacle, véritable institution, que les groupes punks et hardcore ont fait leur début, ont évolué et ont abouti. Là, aucune hiérarchie. Tous les groupes qui y jouent sont sur un même piédestal et forment une véritable communauté unie. Parmi les groupes qui y ont connu la gloire, notons Cro-Mags, Warzone, Murphy's law et les légendaires Sick of it all. Si vous êtes un amateur de punk dur, il est impératif que vous alliez, un jour, au CBGB. Je préfère vous avertir qu'il vous faudra être conscient de vos limites : l'agressivité y est concentrée et le trash en est un vrai, dur, solide, rien à voir avec les trash de lopette auxquels nous ont habitués le public de certain bars.

C'est dans cet esprit de violence, d'anti-américanisme et " d'anti-commercialisme " que je vous présente mes incontournables du punk américain.

- A.O.D (adrenalin over dose)


Le nom ne vous dit, pour la plupart, absolument rien. Ne croyez pas à une quelconque ignorance de votre part et ne vous en veuillez pas de ne pas vous être tenu au courant davantage. A.O.D n'ont jamais connu la gloire et n'ont jamais réussi à sortir de leur patelin. Et si vous avez déjà, par hasard, croisé un de leurs albums, dans un magasin de disques usagés, votre main n'a certainement pas daigné se diriger vers cet objet disgracieux et peu inspirant. Comme en témoigne l'image que je vous ai donnée (l'album " The Wacky Hi-Jinks), le rose agressant ne reflète rien qui puisse laisser présager de la puissance de cette musique. Alors que les groupes nous ont habitué à des individus à l'air méchant, aux multiples tatoos et aux cheveux " spikés ", les membres de A.O.D ressemblent à 4 adolescents boutonneux et inoffensifs.

Ne vous laissez pas prendre… A.O.D est l'une des musiques les plus violentes et les plus rapides qu'il m'a été donné d'entendre. Dans un des numéros du " Maximum Rock'n'roll ", on a qualifié le guitariste de " plus rapide au monde ". C'est une guitare lourde et saccadées, très rapide, qu'accompagne une voix qui rappelle The Cramps, version hardcore. Le son est garage mais la musique est travaillée et de qualité. Il faut se laisser emporter par " sightseeing ", probablement leur meilleure chanson. Au niveau des paroles, A.O.D manient davantage l'ironie, l'humour et la dérision que l'agressivité et la dénonciation. Dans la pochette de l'un de leurs albums, ils énumèrent les raisons pourquoi ils sont si cools : " We,ve international recording artists (auto-dérision), people steal our concept (ce qui complètement impossible…il n'y a qu'un seul A.O.D et je n'ai jamais rien n'entendu qui s'y rapproche); We set trends, We're fashion plates; We stole Brooke Shield's garbages; We're cuter than doggy style (???).

Une mise en garde s'impose : seulement deux albums sont à conseiller (aux amateurs de punk) : " The Wacky Hi-jinks " et " humungousfungusamongus ". Le groupe a malheureusement, par la suite, dégénéré et s'eest laissé embourbé dans le gouffre de la musique métal. C'est un des dangers qui guettent plusieurs groupes hardcore, alors que la crainte de crever de faim l'emporte sur tout.

- Septic Death


Un autre groupe relativement peu connu. La première fois où je m'en suis procuré (un disque vinyle), je me suis demandé si ma platine n'était pas réglée sur 45 t. C'est quelque chose que je ne conseille qu'aux habitués et aux mordus de musique très agressive. Pour résumer rapidement, c'est du bruit (et je n'ai pas honte de le dire). Le chanteur hurle comme un dément et la guitare tente de l'enterrer, sans parler de la batterie qui tiens les 20 coups/seconde (j'exagère à peine). Il est tout à fait légitime de se demander : " alors pourquoi se taper une telle merde?). Je vous répondrai que bien que surprenante au début, cette musique finit par nous déchirer les tripes. C'est comme une rage accumulée, un hurlement sauvage qui ne demande qu'à sortir. Vraiment, cette musique nous fais foncer les sourcils et serrer les poings. Ça fait un bien fou. Je ne peux vous parler des paroles puisqu'on n'entend rien de ce que le chanteur gueule et qu'elles ne se trouvent pas dans les pochettes. Je serais curieux que les intéressés tentent de trouver un extrait et de me dire s'ils apprécient ou non.

- Econochrist


Ma révélation de l'année. Je n'en avais jamais entendu parler, mais me suis laisser tenter par le nom (et c'est distribué par " Ebullition ", ce qui aide grandement à choisir ). Pour faire une comparaison, je dirais qu'Econochrist est un espèce de mélange d'Exploited et de Conflict. Rien à voir avec la surdose d'adrénaline de AOD ou de la violence excessive de Septic Death. Econochrist se trouve à mi-chemin entre le punk et le hardcore. La guitare est claire, travaillée (sans être mélodieuse) mais mordante et très saccadée. Les moments d'accalmie alternent avec des passages de trash pur. C'est à travers les paroles qu'Econochrist laisse deviner ses racines anarchistes, avec des thèmes tels la révolte, la corruption, la jeunesse désillusionnée et les classes sociales. Je dirais qu'ils ont repris là où Dead Kennedys avaient laissé.

- The Casualties


- Finalement, ma découverte d'il y a deux ans. Nier qu'ils sont entièrement inspirés par Exploited et Chaos Uk serait mentir (d'ailleurs ils ne s'en cachent pas). Ce sont des punks à l'état pur : perfectos, mowahks, et tout l'attirail, la trousse du parfait petit anarchiste (j'en ai un peu contre ce que j'appelle l'enguenillage, j'en reparlerai dans mon dossier sur l'anarchisme). Je ne saurais rien vous dire de plus, sinon que ce groupe est excellent. Il est un mélange hétérogène de tous les groupes, américains et anglais, que je vous ai énumérés. Je ne peux que vous conseiller de vous procurer leurs deux albums (outre les mini, albums live et autres) : " For the punx " et " underground army " .

Bien sûr, il y a beaucoup plus à récolter en sol américain. On ne saurait passer à côté de groupes comme Pink Lincolns, Drop Dead (oula, méchant…très méchant), deshumanizers, Black flag (un classique), Extreme noise terror et Impulse Manslaughter. Je vous ai proposé ma liste de préférés, à vous de piocher ce qui vous intéresse.

Je sais que je vous avais promis une chronique sur l'anarchisme mais voilà, en le rédigeant je me suis aperçu que le texte devenait de plus en plus volumineux et que je n'avais pas tout dit. J'ai dont décidé d'en faire un dossier complet (historique, théoriciens, mouvements, perspectives nouvelles, vues personnelles) que je vous présenterai d'ici deux ou trois semaines.

La semaine prochaine, la troisième partie de mon anthologie. Nous visiterons la France et, impérativement, nous chanterons des chansons des bérus….





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