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Chronique de Glandu


23 janvier 2001

Une guitare, un piano, Renaud et… moi




Je tiens d’abord à préciser que vous n’aurez probablement rien à cirer de cette première chronique. D’abord, elle parle de quelqu’un que vous ne connaissez souvent que de nom et que, la plupart du temps, vous ignorez. Néanmoins, je m’en contre-balance et vous dresse la première chronique dite « culturelle » publiée sur ce site embryonnaire. Je ne suis absolument pas un critique de spectacle et habituellement, je désapprouve même et conteste la légitimité de leur présence en ce monde. Je tiens aussi à préciser que je ne tiendrai pas, dans le futur, une chronique uniquement culturelle. Je parlerai davantage d’affaires sociales et politiques mais parfois se glisseront mes impressions sur un livre, un disque ou un film.

Cette semaine, j’ai enfin connu la fin d’une interminable attente, alors que j’ai vu en spectacle Renaud qui n’était pas venu au Québec depuis 10 ans. La dernière présence du « chanteur énervant » en sol québécois remonte au 350e anniversaire de la ville de Montréal, alors qu’il avait participé à un méga-spectacle gratuit au Parc des îles. J’y avais assisté à cette époque et j’attendais depuis au moins neuf ans la chance de revoir Renaud en spectacle. Plusieurs auront eu un sursaut à la lecture de ce nom car pour bon nombre de profanes, il ne signifie plus rien ou alors n’a jamais rien signifié. Pour moi, Renaud signifie un peu tout. Outre le culte que je peux parfois vouer à quelques écrivains morts, Renaud est la seule personne vivante à qui j’accepte de vouer un culte, l’horrible et naïf culte de l’idolâtrie. Habituellement, j’exècre les comportements fanatiques, mais avec ce cher poète de la rue, je ne peux faire mieux. Rassurez-vous par contre, car il ne s’agit pas d’une forme basse de l’idolâtrie qui consiste à tapisser mes murs de posters, à collectionner les articles de revues et à me vêtir de t-shirts arborant la tronche de Renaud. Ces petites actions ne constituent pour moi qu’un simple culte de la forme et je refuse de me consacrer à de telles conneries. Je ne connais ni la date de naissance de Renaud ni le lieu de sa naissance. Je ne collectionne pas les potins à son sujet et ne me tiens au courant de rien qui puisse concerner sa vie privée. Mon culte à moi, il est tout intérieur, une expérience que je désire être le seul à vivre. Mon fanatisme ne se lit pas sur mon visage ni sur mes vêtements. Outre le fait de posséder tous ses albums, même ceux qui sont introuvables au Québec, rien ne permet de me reléguer au simple rang de fan et de m’insérer dans un fanclub idiot. Si un tel fan club existe, je n’en ai pas connaissance et surtout, n’en serai jamais.

Je reste donc seul avec Renaud. Il y a déjà environ treize ans que j’écoute Renaud. J’ai vécu, en quelque sorte, mon adolescence, tentant de me construire une identité à partir de ses mots. Alors que, à 15 ans, mes potes ne juraient que par Métallica, qui n’avait pas encore atteint la gloire, et Anthrax; je me complaisais secrètement dans la musique de ce chanteur qui m’a ouvert les yeux sur plusieurs choses. Et malgré les résistances, les moqueries et autres billevesées gamines, je résistais et n’avait aucune honte à dévoiler à la face de l’intolérant monde adolescent mon…défaut. Avec Renaud j’ai grandi et jamais, en aucun cas, je n’ai songé à le mettre de côté. J’ai évolué avec lui et il m’a grandement appris. C’est lui qui m’a enseigné la révolte et l’humanisme. Il m’a parlé de Johnyy Clegg et avec lui, de la misère faite au peuple noir en Afrique du Sud. Il m’a raconté la Palestine, le Chili et son pays, la France. De sa France, il m’a chanté « l’hexagone », chanson qui est devenue mon hymme, ma prière quotidienne, la chanson à laquelle je puise un peu de courage, quotidiennement, pour tenter de ne jamais oublier que le Monde est laid. C’est Renaud qui me fait dire, d’un Noël à l’autre, période de l’année que je déteste particluièrement :


Merci à La Presse


« En décembre c’est l’apothéose, /la grande bouffe et les petits cadeaux, /ils sont toujours aussi moroses,/ mais y a d’la joie dans les ghettos. La terre peut s’arrêter d’tourner/ Ils rat’ront pas leur réveillon/ Moi j’voudrais tous les voir crever/ Étouffés de dinde aux marrons. »

Outre la révolte, Renaud m’a ouvert à la France et à sa musique. Il m’a fait connaître Bruant et Brassens et à sa suite, j’ai découvert des groupes magnifiques comme LES TÊTES RAIDES; LES OGRES DE BARBACK; LA TORDUE; BELL ŒIL, CASSE-PIPE. Avec lui, j’ai appris à m’ouvrir à des styles différents. Aujourd’hui, j’écoute autant du punk, du vrai (non pas les parodies californiennes) que de la musiques irlandaise, des chants marins et j’en passe. Et à travers tous ces styles musicaux que j’ai accumulés, Renaud a toujours été là, porté au panthéon, sorte d’étendard vers lequel je lève les yeux pour regarder vers l’avant, un ami qui m’a toujours accompagné. C’est en ça que consiste mon culte.

Et après dix ans d’absence, voilà que Renaud débarque chez nous en toute simplicité avec un spectacle intitulé « Une guitare, un piano et Renaud ». Qu’a-t-il à nous offrir? Rien de nouveau. Renaud n’a fait aucun album depuis 1994, à l’exception de cet album fait en hommage à son père spirituel de toujours : Brassens. Renaud a fait une tournée pour renouer avec la scène, quelque chose qui est à la fois intime et fracassant. Il a entrepris un pèlerinage dans le but des retrouver l’inspiration pour se remettre à écrire et surtout, exorciser ses démons et peines intérieures. Il nous en glissera quelques mots…bien à lui. Je me plais aussi à penser que Renaud a voulu se rassurer sur la présence des fans et rassurer ses fans sur sa propre présence. Je vous le confirme, Renaud est toujours vivant et toujours aussi…..Renaud.

C’est animé d’une fébrilité quasi indécente que je me suis rendu, samedi soir, dans cette ville-dortoir, dépotoir de la bourgeoisie banlieusarde, qu’est le village de l’Assomption (mettons que…j’exagère, un peu). je ne m’attendais à rien d’autre que de voir Renaud. Les jours précédants, j’ai été gavé par le discours insipide des chroniqueurs culturels et autres journaleux de mauvaise augure. La petite, très petite presse québécoise a décidé de tomber à bras raccourci sur Renaud. La raison? Il a refusé de donner des entrevues. À partir de ce moment, j’en ai lu des conneries. Il n’y a que les journalistes de la scène, charognards qui se disent critiques, pour nous envoyer une telle fiente. Certains ont affirmé que Renaud méprisait les québécois puisqu’il ne voulait pas donner d’entrevues. D’abord il ne méprise pas les Québécois, puisqu’il n’a accordé aucune entrevue en France et ensuite, s’il méprise quelqu’un, ce sont les médias…et j’abonde dans le même sens que lui à ce sujet. Dans notre pauvre petite province où on réussit à faire des héros et des mythes issus de l’imaginaire collectif avec n’importe quoi (Céline dion, Jacques Villeneuve et j’en passe), le star system est plutôt important. On est bien heureux, dans nos petits médias, des ridicules et insipides lancements de disques à la sauce René Angelil, comme on a vu pour Garou. Renaud n’a jamais adoré les entrevues et après 26 ans de scène, il n’a plus rien à dire aux journalistes…un peu normal. Heureusement, il a encore à dire à ses fans.

Ces donc sans argument que les nez de bœuf se sont attaqué à Renaud. Cette semaine, suite au spectacle, je n’en suis pas débarrassé. Renaud prouve encore une fois qu’il est le « chanteur énnervant ». D’abord, l’ignorant David Cormier dans Le Devoir s’est permis de parler de ce qu’il ne connaît pas. Cormier se dit « anti-Renaud ». Il affirme : « Là où il me les casse souverainement, c’est dans la forme. Le timbre morne, la note invariablement fausse, les mélodies interchangeables, j’ai jamais pu ». Je lui réponds : « Si tu n’as JAMAIs pu, alors qu’est-ce que tu fous à en parler encore? La meilleure chose à faire était de fermer ta gueule et de retourner à ce que tu aimes, ou alors à toute la panoplie de nouveaux artistes ternes qui lancent des albums à tous les jours. ». Il avoue n’être jamais allé à un spectacle de Renaud et je doute fort qu’il le connaisse bien puisqu’il titre son texte : « Le titi revient au Québec sans tambour ni trompette ». Le problème est que le titi n’est pas le surnom donné à Renaud mais à son ami et guitariste Jean-Pierre Bucolo. Renaud revient chez nous sans nouvel album à présenter. Lorsqu’il sort un album, c’est bien sûr le travail du journaliste de critiquer, mais dans ce cas-ci, l’artiste revient, de son propre aveu, renouer avec le Québec. Ça ne regarde pas les journalistes qui savaient déjà ce qu’allait être son spectacle et surtout, ce qu’ils allaient en dire. Le discours médiatique, en ce qui concerne Renaud, n’est que le même discours ressassé depuis 26 ans. Seuls changent la forme et le discoureur. Malgré tout, ils se passent le flambeau.

En ce qui concerne son talent et ses spectacles, ils ont toujours le même pauvre arguments : il chante mal. Pour ma part, je considère qu’il chante mieux qu’un Bruno Pelletier, vous savez, ce genre de chanteur qu’on produit en série, qui sort tout droit de l’école de chant, ne dégage aucune sincérité et ne se démarque pas de la masse des chanteurs populaire. La voix de Renaud n’est pas celle d’un ténor, mais elle est pure, sincère, comme le chanteur. C’est ainsi que suite au spectacle, tout ce qu’on en a dit : « il a faussé tout le long ». WOW!!!!!! Quelle innovation. Et c’est dans son spectacle même que Renaud a fait fermer la gueule à ces journaleux à la con : « Je chante toujours aussi mal » nous dira-t-il. Et il rajoutera : « de toute façon, on s’en fout…si vous vouliez entendre de la voix, vous n’alliez qu’à aller voir Françis Bruel et Céline Fabian (inversion volontaire) ». ET toc!!!!!!! À partir de ce moment, les journalistes n’ont plus grand chose à dire de ce spectacle. Et qu’y faisaient-ils ces journalistes qui n’aiment pas Renaud? Allez savoir….

Pour ma part, je suis sorti de ce spectacle complètement abasourdi : non seulement Renaud était là, mais il était encore Renaud. Tout ce que j’avais eu de lui, durant sa longue absence, furent les quelques chroniques qu’il a écrites dans le journal de gauche Charlie Hebdo. On ne sait jamais…Renaud aurait pu, en dix ans, perdre son mordant, passer à droite, aimer la musique pop et les radios FM et voter pour le Front National. Rien de tout ça. Qu’il fût jouissif de lui entendre nous reprocher de polluer la France avec nos Céline Dion, Lara Fabian, Linda Lemay, Garou. Quel soulagement!!! Renaud sait encore dire du mal de tous les chanteurs minables qui peuplent cette planète. Par contre, il avouera que la France se venge bien en nous envoyant Hallyday, Bruel et beaucoup de Hip-hop. Il nous remerciera tout de même d’avoir prêté à la France notre Richard Desjardins. Bref, c’est ça Renaud. L’homme est d’une simplicité désarmante et d’une chaleur incroyable. Il dialogue sans cesse, sait nous émouvoir et manie parfaitement l’humour, l’ironie et l’auto-dérision. J’ai bien sûr trouvé le choix de ses chansons irréprochable puisque je les aime toutes (à l’exception de trois ou quatre..ce qui n’est pas si mal sur un total de 10 albums). Je pourrai lui reprocher d’avoir laisser de c¸oté Marchand de Cailloux, l’Hexagone, Lolito Lolita, À la belle de mai, où c’est que j’ai mis mon flingue. Peut-être la facture intimiste et la formation réduite ne se prêtait pas à l’interprétation de chansons plus….teigneuses. Et la voix….que dire de la voix. Effectivement, Renaud chante faux. Et avec l’âge, l’alcool et la cigarette, c’est pire. Et alors? Les initiés le savaient. Nous savions que Renaud chantait mal mais nous savions aussi que ça importait peu.

Malheureusement, comme tous les spectacles, Renaud a attiré la rapace. Vous savez, ces petits bourgeois habitués de Bruno Pelletier, qui entendent parler de Renaud et qui décident d’aller le voir, histoire de se rappeler d’un chanteur qu’ils écoutaient vaguement dans les années 70, avant d’avoir leur job de notaire et de devenir des …gros cons. Et pire, il y a eu la panoplie de gens, à l’Assomption qui avaient probablement pris des billets de saison, pour la nouvelle salle de spectacle, et qui ont assisté au spectacle presque malgré eux. Plusieurs ont voulu se faire rembourser. Moi j’aurais voulu les crisser dehors avant que ne commence le spectacle. Ils n’avaient pas à mettre leur nez dans nos affaires. Ça devait se passer entre nous, les initiés fanatiques, et Renaud. C’est à nous qu’il s’adressait. Alors à tous ceux qui n’avaient pas d’affaire là, je dis « toi tu m’fous les glandes/ pis t’as rien à foutre dans mon monde ».

Je suis enfin ressourcé de Renaud. Le spectacle m’a fait le plus grand bien. J’attends avec impatience son nouvel album, dont il nous a donné un aperçu à travers deux nouvelles chansons. J’aurais aimé dire tout ce que j’ai ressenti, mais c’est impossible. Lorsque je suis sorti du spectacle, je n’ai rien dit. Nous étions plusieurs et dans le tas, il n’y avait que moi et mon meilleur pote qui étions réellement des fans de longue date. Nous nous sommes seulement regardés, sans rien dire, et nous avons compris ce que nous avions pensé du spectacle, pendant que tous nos autres amis et nos copines maugréaient leurs inutiles critiques et impressions. Nous n’entendions rien…nous savions. Tout ce qu’il y avait à dire de ce spectacle est : oui, c’est bien vrai, nous avons vu Renaud, nous avons vu notre Renaud ». Le reste, nous l’avons gardé chacun pour soi. Depuis, j’en alimente mes pensées et je sais que j’accompagnerai Renaud jusqu’à sa mort….non, je dirais plutôt, jusqu’à la mienne.

Dites-vous que si vous n’avez pas aimé cette chronique, je ne l’ai absolument pas écrite pour vous. Je l’ai écrite pour moi.

La semaine prochaine, je serai moins intimiste alors que Bernard Landry sera le sujet de ma chronique.




 



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