Le bag à Gravel23 septembre 2003 Le Maire, la Ville et le Purin ![]() merci à radio-canada.ca
Je me pose de plus en plus de question sur l’état mental du maire de la Belle Grande Ville de Québec, Jean-Paul L’Allier. Les projets loufoques du premier magistrat se succèdent à un rythme plus rapide que les navets de Ben Affleck. Et pourtant, le maire est toujours maire, et l’opposition, majoritaire à l’Hôtel de Ville, se fait plutôt discrète.
Révisons ensemble les dernières lubies de Jean-Paul.
Amener une étape du tour de France au Québec pour le 400ème anniversaire de la ville. L’avènement d’un réseau de tramway pour chevaucher un Réseau de Transport en Commun déjà déficitaire. Des subventions à répétition pour le Palais Montcalm, la salle de spectacles la moins utilisée de la région. Un TGV qui relierait Québec et Windsor, alors que l’aéroport de Québec est plus silencieux qu’un film de Sergio Leone. Et ainsi de suite. Et maintenant, le maire L’Allier a une nouvelle fixation : celle de bâtir un immense escalier reliant la Haute et la Basse Ville. Cet escalier presque aussi large que long sera orné d’une immense (et affreuse) structure de métal, supposée symboliser le croisement entre un tipi d’Amérique et une Tour Eiffel de France. Au sommet de ce bordel, le fleur de lys pour symboliser les 400 ans de fait français en Amérique du Nord. Sortez-moi un mouchoir, je deviens sentimental devant tant de beauté et de noblesse… Et le plus drôle dans tout ça, c’est que notre maire a le culot d’aller quémander 25 millions de dollars aux Français pour le financement du projet. Une équipe d’experts en logistique de chez nos cousins serait d’ailleurs en chemin pour venir évaluer la faisabilité du projet. En espérant que ces « experts » ne soient pas les mêmes qui sont responsables de grands projets à succès de la région comme l’éclairage du pont de Québec et le Rubik Cube gris (le vrai nom du machin est ironiquement Le Colosse) qui a saboté à jamais le secteur du Vieux Québec… Le hasard fait parfois si bien les choses… Le même jour où Jean Paul L’Allier nous montre un joli dessin de son escalier de rêve, le réseau TQS expose une histoire de patronage qui sent le purin à plein nez. Encore une fois, l’odeur prend sa source à l’Hôtel de Ville de Québec. Un haut fonctionnaire municipal se retrouve tabletté. Qui prend sa place? La conjointe de l’organisateur principal de la dernière campagne de M’sieur le Maire. Le haut fonctionnaire se retrouve dans un poste plus ou moins défini qui sera aboli dès qu’il prendra sa retraite. Mais qu’est ce que ce haut fonctionnaire a donc fait de si répréhensible pour s’attirer ainsi le courroux de Jean-Paul? Et bien, imaginez vous donc que c’est lui qui a donné le feu vert aux policiers de Québec, le 17 décembre dernier, pour aller de l’avant avec leur conférence de presse mettant au jour le réseau de prostitution juvénile. Depuis ce jour, la ville n’est plus tout à fait la même. Et le maire qui la gouverne non plus. On sait que L’Allier en a voulu à ses policiers d’avoir crié haut et fort le nom des notables de sa ville touchés par les arrestations. On sait que L’Allier était en furie contre le haut fonctionnaire d’avoir donné le OK sans le consulter. À partir de là, vos conclusions valent bien les miennes et on ne peut que supposer la suite des événements. Depuis le 17 décembre, Jean-Paul L’Allier semble être à fleur de peau. Il apparaît agressif devant les journalistes, prompt à la colère, constamment sur la défensive. On constate également le peu de sympathie qu’il a démontré à l’endroit des victimes du réseau de prostitution pédophile. En fait, on peut lui reprocher de ne pas s’être impliqué dans le dossier le plus important qu’il aura jamais vu sous son long règne de maire. Jean-Paul a préféré se donner corps et âme à ses rêves du 400ème, un anniversaire qui semble occuper l’essentiel de son temps depuis le 17 décembre; au détriment de ce qui préoccupe ses citoyens, au détriment des affaires courantes, au détriment de ses fonctions premières. Jean Paul L’Allier donne l’impression de mépriser les gens qui l’ont élu et leurs préoccupations, pour se concentrer sur la folie des grandeurs qui semble avoir atteint la clique des notables de Québec. Dans cette position vulnérable, on ne peut que constater avec tristesse l’absence d’opposition dans les médias et à l’hôtel de ville. Dans une cité digne de ce nom, les journalistes talonneraient le maire pour le faire parler, pour lui poser de véritables questions. L’opposition réclamerait à grands cris depuis déjà plusieurs mois la démission d’un maire qui a perdu le sens des priorités. Pourtant, les journaux se font silencieux, les radios se font complices et l’opposition se fait muette. Bref, la ville de Québec ne se porte pas très bien, 400ème ou pas. Peut-on encore blâmer les citoyens qui ne s’intéressent plus à la politique? D’ailleurs, vous êtes combien à avoir lu cette chronique en entier? Oui, l’odeur de purin flotte sur la ville. Elle pue l’indifférence, le désabusement et le laisser-aller. Et tant que ces odeurs flotteront sur les médias, la population et l’opposition municipale, le maire pourra continuer de gérer sans examen clinique. Et les notables seront bien gardés. |