Chronique de Denis Gravel22 juillet 2001 Deux poids, deux mesures ![]() archives personnelles
Il y a longtemps qu'on ne s'est pas parlés! Je me suis comporté en vrai
journaliste syndiqué au cours des derniers mois en n'écrivant tout
simplement plus! Déménagement, remplacements intensifs, et disons-le, pas
grand chose dans l'actualité... Résultat: je vous ai laissés tomber.
Désolé, les amis, ça n'arrivera plus. Ou presque plus. Ou moins souvent.
De quoi pourrais-je bien vous parler? Tiens, deux sujets aujourd'hui réunis sous le même thème: deux poids, deux mesures. Commençons par de l'actualité pure et dure. On parlera d'A.I. ensuite. -------------------
DEUX POIDS, DEUX MESURES: SYNDICAT = GENTIL MCDO = MÉCHANT À une certaine époque au Québec, les syndicats ont été nécessaires pour faire entendre la voix du peuple. Ces regroupements de travailleurs ont combattu pour avoir des conditions de travail décentes et, à force de grêves et de moyens de pression, ont réussi à faire avancer la société québécoise. Mais les syndicats en général se sont pourris de l'intérieur et se sont pervertis. Avec le temps, ils sont devenus de simples moyens pour les plus incompétents et les plus lâches d'entre nous de conserver leurs emplois. Le syndicat s'est transformé dans plusieurs endroits, entre autres en éducation et en santé, en un empêcheur de tourner en rond, un frein à toute évolution, et surtout, en garantie d'emploi permanent pour tous, du plus productif au pire abruti de l'entreprise. Mais les syndicats regroupent beaucoup de gens et ils deviennent un des lobbys les plus importants dans notre monde politique, après le lobby des assistés sociaux, bien entendu. Et ce groupe de pression est sur le point d'entrer dans les écoles primaires, secondaires et collégiales pour faire ce qu'ils appellent eux-mêmes de la ''propagande syndicale''. Toute l'histoire a débuté avec la controverse des restaurants McDonalds qui refusent de laisser entrer les syndicats dans leurs groupes de travail. On veut donc dire aux jeunes que McDonalds est un méchant capitaliste américain qui veut exploiter le travailleur, et que le syndicat est comme un gentil super-héros qui protège la société contre ces méchants américains sans scrupules. Laissez-moi rire... Ca vous tente de faire la file une demi-heure avant de vous faire servir un hamburger? Ca vous tente de payer votre trio Big Mac 15 dollars 99? Ca vous tente d'aller chercher un employé pour qu'il nettoie le sundae que le petit vient de lancer sur le plancher et qu'il vous répond qu'il est sur son ''break syndical''? Et bien moi, je ne suis pas intéressé. En tant que consommateur, je ne veux pas que ces machines d'endormis ne pénètrent dans des endroits où les gens doivent être productifs pour que tout fonctionne. En tant que gars qui a travaillé pour McDO au cours de sa jeunesse, je peux aussi vous assurer que d'avoir un syndicat était le cadet de mes soucis. Le McDO, c'est l'école de la vie. C'est dans la cuisine qu'on apprend que la vie des fois, c'est dur. Qu'il faut travailler pour gagner de l'argent. Que quand tu travailles vite et bien, tu montes dans la hierarchie. Que quand tu travailles mal, tu te fais foutre à la porte. Tout ne peut pas fonctionner comme un bureau de fonctionnaires avachis syndiqués. Un McDo, il faut que ça roule. Pour faire du méchant argent sale de capitaliste. Mais aussi, surtout, pour la satisfaction du client, le citoyen du Monde. Ainsi, je ne comprends pas les quelques jeunes de la région de Montréal qui tentent de syndiquer leur McDo. Bien mauvais départ dans la vie, si vous voulez mon avis. Et je comprends encore moins comment un gouvernement peut laisser les syndicats aller faire du lavage de cerveau dans les écoles. D'un côté, on refuse l'accès à Pizza Hut qui donne des pizzas gratuites à des enfants qui sont bons en lecture. On refuse l'accès à Kellogs pour commanditer un concours de dessins parce qu'on y voit de la publicité déguisée. On refuse l'exclusivité à Pepsi ou à Coke dans les univerités alors qu'ils proposent de donner plusieurs millions pour rénover les écoles et aider les étudiants... Mais on permet à des syndicaliste dangereux d'aller faire de la démagogie dans les écoles. Un cerveau de jeune, c'est très malléable. Si on ne veut pas laisser entrer les méchantes compagnies qui donnent de l'argent dans les écoles, il faudrait barrer le chemin également aux dangereux syndicats qui ne donnent qu'un seul côté de la médaille dans leurs discours d'encouragement à l'avachissement. Mais au Québec, le gouvernement ne voudrait surtout pas froisser un lobby qui regroupe tant de syndiqués votants: alors on fait dans le ''deux poids, deux mesures''... Avoir un kid, je serais à l'école pour savoir quand les syndicats vont passer dans leur classe et je peux vous garantir qu'il ne serait pas de cette journée de "brainwashage" complice entre professeurs syndiqués, chefs de centrales syndiqués, et un gouvernement qui se bande les yeux et qui se bouche les oreilles. Dégueulasse. ------------------------------------------
Je suis allé voir le film A.I. en fin de semaine. A.I. est un évènement.
C'est la rencontre entre deux visions, deux mondes, deux univers que l'on
croyait destinés à ne jamais se rencontrer.
DEUX POIDS, DEUX MESURES: KUBRICK ET SPIELBERG PEUVENT-ILS COEXISTER? Dans le coin rouge, Steven Spielberg, l'homme derrière des succès de masse comme E.T., Jaws, La Liste de Schindler, Rencontre du Troisième Type, etc. etc. Et dans le coin bleu, le mystérieux Stanley Kubrick, le personnage culte qui a engendré des chefs d'oeuvre comme 2001, l'Orange Mécanique, Full Metal Jacket, Shining, et plus récemment, Eyes Wide Shut avec Tom Cruise et Nicole Kidman... Spielberg est un grand naïf qui se nourrit d'espoir et de rêves. Kubrick est un terre-à-terre qui nous vomit un univers souvent sombre et dérangeant. Spielberg voit des extra terrestres gentils partout. Kubrick nous montre des terriens malades, rongés de l'intérieur par les pires sentiments. La caméra de Spielberg n'est pas subtile, et le monsieur a un faible pour la grandiloquence et le grand déploiement. L'objectif de Kubrick est toujours original et surprenant, et il n'a jamais dépensé des fortunes pour créer des images inoubliables. Est-il possible de naviguer gaiement entre ces deux mondes? Que ces pôles nord et sud du cinéma réussissent à coexister dans un seul et même film? La réponse est oui, au grand plaisir du cinéphile. A.I. est une fable du futur qui raconte la quête du premier enfant robot capable d'aimer. Après avoir été abandonné par sa propriétaire, le gamin entreprend un voyage surréaliste, à la recherche de son rêve: devenir un véritable petit garçon comme les autres. Stanley Kubrick a été le premier à s'intéresser à cette histoire, qui est disponible en bouquin depuis plusieurs années. Quand il a vu qu'il ne pourrait porter son projet à terme, il a commencé à en parler à son ami Steven Spielberg. Les deux ont travaillé ensemble sur le scénario du film. Kubrick est décédé avant d'avoir pu compléter sa partie de travail. Spielberg a complété le tout. Mentionnons que le fantôme de Kubrick est omniprésent sur presque toute la longueur du film. Les plans de caméras, les personnages, le sentiment de malaise, les clins d'oeil à plusieurs de ses films, Spielberg a dû ramer fort pour réussir à transcender sa façon de voir le cinéma. En plus des allusions nombreuses à l'univers de Kubrick, Spielberg navigue aisément à mi chemin entre le Magicien d'Oz et Pinnochio, dans un futur où les robots sont de plus en plus omniprésents dans la vie quotidienne. Haley Joel Osmond est tout simplement magnifique dans le rôle de l'enfant-robot. Décidément, le kid est promis à une belle carrière. On retrouve la même sincérité en lui et le même talent naturel que dans le Sixième Sens et que dans Payez au Suivant. Jude Law est également sensationnel, alors qu'il personnifie Gigolo Joe, un robot conçu spécifiquement pour le plaisir de ces dames. Et son visage n'est pas sans rappeler celui d'Alex, dans l'Orange Mécanique... Seule ombre au tableau dans ce film-événement: les trente dernières minutes. On dirait que Spielberg a voulu trop en faire, ou trop voulu en montrer. Ça aurait été une si belle fin, une demi-heure plus tôt. Tant pis, A.I. demeure un film qu'on regarde plusieurs fois, et une belle symbiose entre "deux poids, deux mesures", entre Kubrick et Spielberg. Un film qui a le mérite de nous faire réfléchir est en soi un incontourable, surtout en plein été où les navets se succèdent encore plus rapidement que les mauvais trucages dans le Retour de la Momie... |