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Chronique de Denis Gravel


22 mars 2001

Let them rest in peace !


Merci à InfiniT.com


La mort. C'est jamais drôle quand ça arrive. Tout le monde a perdu un être qui lui est cher au moins une fois dans sa vie. Dans ces temps difficiles, nous sommes contents de nous retrouver en famille, en paix, et de rendre un dernier hommage à cette personne qu'on apprécie et que nous connaissions. En silence. En privé.

C'est pourquoi si mon grand-père s'appelait Jean Besré, si ma tante s'appelait Juliette Huot, si j'avais joué du drum pour le groupe de Dédé Fortin, j'aurais le goût de frapper un journaliste. De détruire une caméra.

Qu'est ce que vous foutez là, les journalistes? Qu'est ce que vous fichez, à annoncer la mort de mon grand-père aux nouvelles alors que les policiers ne m'ont même pas mis au courant? Comment je réagis moi, d'apprendre à la télévision qu'un être qui m'est cher est mort dans un face à face? Est-ce que j'ai le goût que tu viennes frapper à ma porte pour me demander ma réaction? Ça me regarde, ce que je ressens, tu en as rien à foutre de toute façon.

Je sais, tes patrons veulent que tu ailles chercher des réactions émotives. On veut du sentiment, du grand braillage, pas de l'information. Et toi, petit pseudo-journaliste, tu veux conserver ton job, alors tu fais ce qu'on te dit de faire. Tu ne te sens pas sale? Tu dors le soir, quand tu penses à ce que tu fais dans la journée? Courir après des gens chavirés pour leur poser des questions dans le seul but de voir une larme couler, ça te laisse de glace, mon journalissse?

J'en ai ras-le-bol de vos dérapages à chaque fois que quelqu'un de la Colonie Artistique meurt! D'habitude, je m'en fous et je ferme la télé devant vos bassesses. Mais cette fois là, ça me touche, c'est mon grand-père, ma tante, mon vieux chum. Et je ne comprends pas l'acharnement avec lequel vous nous harcelez. Des images d'archive, des émissions spéciales qui passent et repassent, des gens qui donnent leurs commentaires et qui pleurent même s'ils ne connaissent pas la personne... Du sensationnalisme de bas étage. Cheap, cheap, cheap. À l'image de nos bulletins de nouvelles.

Vous allez aussi me harceler à l'Église? Pendant les funérailles? Je ne peux pas pleurer en paix, me recueillir? Non, je ne peux pas. Parce que j'ai ta caméra dans la face dès que je sors de l'Église. J'ai ton micro sous le nez. Tu veux me voir brailler? Fuck off! Perds pas ton temps. Mon chagrin, je le garde pour moi. J'ai pas besoin de ça pour passer à la télé. Je ne cherche pas soudainement les caméras parce que j'ai de la peine. Je ne suis pas comme certains, qui sont de tous les hommages funèbres aux célébrités. Je trouve ça très pervers de se faire du capital sur le dos d'un mort.


merci à InfiniT.com


Jean Besré n'est pas mon grand-père. Juliette Huot n'est pas ma tante. Je n'ai jamais joué avec Dédé Fortin. Et vous autres non plus. Laissez les mourir en paix. Laisser les vivants qui les ont connu porter leur deuil tranquille. Une caméra ne devrait jamais se trouver sur le parvis d'une Église. Un micro ne devrait jamais demander les commentaires de gens chagrinés. Tout ça n'apporte rien à l'information. Ce n'est qu'un vaste cirque pour faire de la télé facile, du journalisme lâche et cheap.

Et à chaque fois qu'une personnalité se suicide ou meurt, on repart le caroussel infernal.

Mon signe de respect envers les familles de ces victimes de la mort? Je ferme la télé.

PS: Certains extraits de ce texte ont été fortement inspirés d'une lettre ouverte qui avait été publiée l'an dernier par la Presse. Elle était écrite par le bassiste des Colocs à l'endroit des journalistes. Ça m'avait marqué et j'avais trouvé son témoignage pétant de sincérité et de vérité. Des mots qui sont de moins en moins présents dans nos médias...


Bonsoir

Denis Gravel



 



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