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Le bag à Gravel


8 avril 2004

SEX, LIES, AND VIDEOGAMES



Je suis un visionnaire. Oui, oui, je vois l'avenir, comme Monsieur Soleil. Et parfois, quand je me concentre très fort, je peux voir le Québec dans une centaine d'années. Ca ressemble à Cuba, mais en moins chaud. Le gouvernement contrôle tous les aspects de la société, et toute forme de répression n'existe plus. Le peuple, endormi devant la télé et aveuglé par cette nouvelle religion qu'est devenue l'État Contrôleur, donne fièrement la moitié de son salaire aux dirigeants, qui en font bien ce qu'ils veulent. Mais qu'est-ce qui nous a mené dans cet abîme? Oh, un paquet de petites choses. Des petites décisions stupides et insignifiantes qui ont, graduellement, éloigné le gouvernement de la population et de ses besoins prioritaires.

Tiens, un exemple de ce genre de décisions me saute aux yeux cette semaine. Les détaillants de jeux vidéo de la province sont maintenant mis à l'amende s'ils ont l'audace de vendre un produit qui ne contient pas une pochette française. Comme ça, tout bonnement, au début de la période des fêtes, où les marchands en général font les deux tiers de leur chiffre d'affaire annuel. Le public des jeux vidéos est un public jeune qui sait se débrouiller avec internet. Que va faire le kid, quand il va se rendre compte qu'un jeu ne sera pas disponible avant six mois au Québec, alors qu'il le sera dans toute l'Amérique du Nord? Langue au chat? Il va commander son jeu via le web. Et on vient d'éliminer un intermédiaire. Un intermédiaire qui emploie beaucoup de gens au Québec. Pour une question de pochette, on met en péril une industrie. Bah, Gravel, tu dérapes, ce ne sont que des détaillants de jeux vidéo. C'est un simple exemple parmi d'autres pour illustrer une réalité de plus en plus évidente : le gouvernement ne travaille plus pour nous.

Et qui, au juste, s'est plaint de ne pas avoir de livret francophone? Vous avez déjà vu des instructions en français? Vous avez déjà monté un meuble avec le feuillet en français? Celui qui vous dit un truc comme " insérer le Partie A dans un conjonction du Bois mentionner plus haut. Répéter pour B "… Si on en est rendus là pour sauver notre langue, à se refermer sur le monde, à mettre des emplois en péril et à ne plus comprendre le bon sens, ma vision future du Québec pourrait bien devenir réalité plus rapidement qu'on le pense…

La sortie d'un jeu vidéo, c'est comme la sortie d'un film. Tout est dans la date de lancement. C'est à la sortie d'un film que les producteurs ramassent le plus de recettes. C'est à la sortie d'un disque que l'artiste s'en met plein les poches. On profite d'un " buzz " qui dure une semaine ou deux où la majeure partie des achats s'effectuent. Actuellement, seules les grosses compagnies de jeux vidéo fournissent des livrets en français. Et ce n'est pas la province de Québec qui va changer les habitudes des autres. À noter que la France a aussi une loi du genre, et qu'à cause de cette loi, les jeux (comme les films d'ailleurs, pour une autre raison) sortent souvent six mois plus tard que partout ailleurs dans le monde. Au fait, quelle sera la prochaine étape? Interdire l'album de Linkin Park parce que la pochette n'est pas francophone? Mettre à l'index le DVD de Lord Of The Rings parce que sur l'édition de collection, on n'y lit pas " Le Seigneur des Anneaux "? Devrons-nous bientôt doubler les performances des groupes qui passeront donner des concerts? J'attends avec impatience mon premier spectacle doublé par Yves Corbeil ou Bernard Fortin, qui pourraient chanter en français, par dessus Evanescence ou Nickelback… Pourquoi pas? Ce qu'on ne ferait pas pour la sauvegarde de notre langue…

La langue se vit Elle se parle. Elle change, elle évolue, elle s'embellit, elle se colle à notre réalité. Et ce n'est pas un livret rempli de fautes dans un jeu vidéo qui va la changer. Ce n'est pas une pochette anglaise qui va nous assimiler. C'est plutôt notre petitesse d'esprit et notre manque d'ouverture sur le monde. Je souhaite ardemment que les commerçants touchés par cette décision se rendent au gouvernement pour expliquer leur point de vue. Sinon, plusieurs seront obligés de crier " Game Over " d'ici quelques années. Ou encore, pour être certain que ce texte ne soit pas saisi par les autorités gouvernementales, qu'ils crient " Partie Terminée ". Est-ce que je viens de sauver le français?

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Je m'en voudrais de ne pas saluer la vibrante sortie d'Élaine Ayotte, dans le journal La Presse de vendredi dernier. Élaine Ayotte est une journaliste qui a été chef d'antenne à Salut Bonjour jusqu'à l'été dernier, où elle a décidé de claquer la porte. Elle explique dans le journal qu'elle en avait un peu marre de la télé-réalité qui prenait de plus en plus de place dans les bulletins d'information. Ainsi, Pierre Bruneau peut se retrouver à interviewer Wilfred (pour les habitants de Neptune, Wilfred est le gagnant de la première mouture de Star Académie, émission phare de TVA) qui pleure parce qu'on pirate son beau CD, en plein bulletin de nouvelles. Voici quelques déclarations d'Élaine Ayotte qui m'ont fait chaud au cœur.

" La vérité, c'est que ces émissions de fausse réalité ont utilisé la solide crédibilité de l'information pour se concocter une légitimité et ce, au détriment de l'information et de ceux et celles qui y croient encore. "

" Quand un bulletin de nouvelles s'ouvre pour annoncer que deux lofteurs ont sacré leur camp, où sommes-nous? (…) Est ce qu'à l'époque des Tannants, dans les bulletins de nouvelles, on montrait Shirley Théroux et les plus beaux plongeons dans la piscine? Jamais! "

" Ca bafoue mes valeurs. Moi, interviewer un lofteur ou un académicien, je dis non à ça. (…) Je n'ai pas aimé que l'information prenne cette tangente-là. Et je ne suis pas la seule à penser ça… " (Propos tirés du Soleil de samedi, 15 novembre, article de Richard Therrien)

Madame Ayotte, je salue vos convictions, votre aplomb et votre courage. Vous avez probablement fait jaser bien des gens dans les cafétérias de TQS et de TVA. Je souhaite que d'autres, comme vous, se lèvent face à cette mascarade.

Il y a quelques semaines, le syndicat du Journal de Montréal s'insurgeait également contre la couverture de Star Académie et d'Occupation Double. Les émissions de TVA avaient une ou deux pages d'articles à chaque jour dans les journaux de l'empire Québécor. Encourageant de voir que certains dénoncent cette tricherie de l'information de l'intérieur même de la boîte. J'avais traité du phénomène dans une chronique précédente (" Tva a-t-il gagné? ", consultez les archives). Je suis soulagé de voir que certains ont de moins en moins peur de sortir confronter le phénomène de l'info-pub déguisée en bulletin de nouvelles. En espérant qu'un phénomène " domino " soit observable dans les prochaines semaines. Le monde de l'information doit maintenant s'affirmer. Et s'affirmer au Québec, Dieu sait que ce n'est pas facile.




 



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