Dossierde Steve Ouellet 20 juin 2001 La conquête de l'espace : " Les répercussions pour le peuple américain " ![]() merci à www.malexism.com/copernic/naut/astronau.html
TABLE DES MATIÈRES
Table des matières………………………………………………………………………………page 2 1. Introduction…………………………………………page 3 2. Développement 2.1. La conquête de l'espace 2.1.1. Le contexte de la guerre froide…………………………………………page 5 2.1.2. Les principaux événements……………………………………………page 6 2.2. Les impacts sur le peuple américain 2.2.1. L'impact stratégique……………………………………………………page 10 2.2.2. L'impact économique……………………………………………………page 13 2.2.3. L'impact psychologique………………………………………………page 15 3. Conclusion 3.1. Les enjeux et les perspectives de l'espace…………………………page 17 Annexes……………………………………………………………page 18 Bibliographie……………………………………………………page 19 La conquête de l'espace :
Ses répercussions pour le peuple américain La conquête de l'espace a toujours été synonyme de fierté pour le peuple américain. Et on peut les comprendre, à la suite d'une formidable course à la lune contre l'Union soviétique dans les années 60, les Américains ont vu un des leurs être le premier homme à marcher sur la lune. Dans un sens, la conquête de l'espace par les États-Unis est sans aucun doute la plus belle réussite américaine et celle qui a le plus participé à l'image de puissance et du rayonnement du pays dans le monde (1). Née de la confrontation des superpuissances, la politique spatiale américaine devait répondre aux attentes que s'était fixé le peuple américain, ainsi que le monde entier. Bref, elle avait le double rôle de refléter l'évolution technologique et l'avancement de la science aux États-Unis, tout en donnant du poids à la politique étrangère et militaire (2). Il n'y avait donc pas de place à l'erreur. Et si ce n'avait pas été de cette pression récurrente, la politique spatiale américaine, malgré son ampleur, aurait échouée. L'impact de la conquête spatiale américaine est donc facilement mesurable, surtout au niveau du prestige. Toutefois, il faut aller plus loin et voir si les répercussions ne seraient pas plus nombreuses et plus profondes. Nous pouvons simplement penser à la dimension militaire, où la domination de l'espace assure la sécurité de ses citoyens et cela en donnant l'opportunité de contrôler les mouvements possibles d'aggressions des " voisins ". Même l'économie américaine a dû jouir de cette " percée " spatiale et technologie. Il serait donc intéressant de vérifier plus en détails l'impact de la conquête spatiale américaine et cela, autant au niveau social que politique, économique, technologique et militaire. C'est ce que à quoi ce travail va tenter de répondre en s'appuyant sur des ouvrages de bases comme " La politique spatiale des Etats-Unis 1958-1995 " de Xavier Pasco et " La guerre en orbite " de Serge Grouard. Dans un premier temps, je dresserai un bref bilan historique de la course à l'espace pour les Américains afin de bien comprendre le contexte de l'époque (guerre froide). Par la suite, je tenterai de ressortir les principales répercussions de la conquête spatiale américaine sur le peuple américain et cela, en mettant en perspective quelques éléments historiques et quelques statistiques actuelles. Finalement, en conclusion, j''énoncerai les enjeux et les perspectives de l'espace dans la perspective américaine pour les prochaines années. J'ose espérer que ce travail, ainsi construit, touchera l'essentiel de cette étape cruciale de l'histoire américaine contemporaine. 2.1. LA CONQUÊTE DE L'ESPACE
2.1.1. Le contexte de la guerre froide Après la deuxième guerre mondiale, deux pays se démarquent par leur puissance militaire et économique, ainsi que par leur idéologie. Il s'agit des États-Unis et de l'Union soviétique, deux contrées fondamentalement opposées. Ces deux puissances se disputeront rapidement le contrôle de la planète et l'hostilité grimpera progressivement au fil des ans, sans jamais aboutir à un conflit armé. Toutefois, cette guerre latente sera lourde de conséquences pour la poursuite de la paix mondiale. Peu à peu, deux blocs vont se constituer. Les États-Unis formeront le bloc de l'Ouest avec d'autres pays qui partagent son idéologie capitaliste et libérale (3). À l'opposé, l'URSS regroupera ses pays satellites pour constituer le bloc de l'Est, d'idéologie socialiste et marxiste. Tout le reste de la planète se retrouvera dépendante de cette rivalité, marquée par quelques coups d'éclats (coup de Prague en 1948, guerre de Corée de 1950 à 1953, érection du mur de Berlin en 1961, crise des missiles en 1962, etc.) qui menaceront l'équilibre mondial et entraîneront par le fait même la possibilité d'une troisième guerre mondiale, une guerre nucléaire par dessus le marché (4) ! L'immense puissance de feu forcera progressivement les deux géants à trouver d'autres alternatives que l'aggression et la violence pour régler les différents. Le prix à payer pour une guerre nucléaire serait désastreux et tout le monde en était conscient. C'est ainsi que la rivalité s'est transportée sur d'autres domaines que l'armement. Le sport, la science et même l'art deviendront le théâtre d'une solide compétition entre les Américains et les Soviétiques. C'est dans ce cadre que la course à l'espace s'est insérée. 2.1.2. Les principaux événements La rivalité entre l'Union soviétique et les États-Unis battait déjà son plein lorsque les premiers événements sont survenus. Dès 1954, les deux géants se fixaient pour mission de lancer un satellite artificiel en prévision de l'Année géophysique internationale (du 1er juin au 31 décembre 1958) (5). Les Amércains n'étaient pas très craintif de perdre le défi. Comme l'explique parfaitement Degler : " Les Américains s'étaient toujours enorgueillis de leur avance technologique. Ils se flattaient à juste titre d'être la première nation à avoir réalisé la fission de l'atome et la fusion de l'hydrogène. Ils se vantaient d'être en tête du monde entier tant dans le domaine de la science et de la technique que pour le niveau de vie. Mais l'aube du 4 octobre 1957 se leva. (6)" En effet, le 4 octobre 1957, les Soviétiques lancaient à partir du cosmodrome de Baïkonour le satellite Spoutnik 1, propulsé par un lanceur R7 (7). Le lancement fut une réussite et quelques instants plus tard, le satellite émit des " bip bip " à travers le monde entier, à la grande stupéfaction des Américains. L'Union soviétique remportait donc la première manche et ébranlait sérieusement le moral des États-Unis. Je ferai fis dans cette partie du travail de l'impact qu'a eu le lancement de Spoutnik 1. Il en sera traité plus loin. ![]() merci à www.malexism.com/copernic/naut/astronau.html La réponse américaine apparaît 4 mois plus tard, avec le lancement d'Explorer 1. Explorer était un satellite beaucoup plus petit et surtout beaucoup plus avancé technologiquement (fournit des renseignements sur la haute atmosphère), mais pourtant, il tombera dans l'ombre de Spoutnik 2 qui, sans être d'une grande innovation technologique, portera à son bord la chienne Laïka (8). L'Union soviétique venait de trouver l'outil idéal pour faire de la propagande et se moquer de l'inefficacité de la réplique américaine. ![]() merci à www.malexism.com/copernic/naut/astronau.html Eisenhower, qui était à la fin de son mandat à l'époque, mit sur pied la NASA (National Aeronautics and Space Administration) le 1er octobre 1958 afin de replacer les États-Unis dans la course (9). Pourtant, l'Union soviétique continuait à faire des gains symboliques avec les satellites Spoutnik 3 à 10, qui étaient de véritables petits laboratoires ambulants. Le tout amènera l'adversaire d'Eisenhower chez les démocrates, un certain John F Kennedy, à prétendre que le premier homme à aller dans l'espace risquait bien d'être communiste. Or, le 12 avril 1961, avec la capsule Vostok 1, Youri Gargarine survolait la planète pendant plus de 108 minutes et passait à l'histoire (10). ![]() merci à www.malexism.com/copernic/naut/astronau.html La deuxième manche appartenait donc encore aux Russes et la grogne se fit sentir partout aux États-Unis. Nouvellement élu, Kennedy annonçait le 25 mai 1961 qu'il voulait envoyer un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf, et cela, avant la fin de la décennie (11). Le programme Apollo était donc lancé et il engouffrera jusqu'à aujourd'hui plus de 25 milliards de dollars, auquel plus de 350 000 personnes auront contribué (12). Projet certe ambitieux, mais qui rapportera enfin des dividendes payantes pour les États-Unis. En effet, Sheppard et Grissom, respectivement à un mois d'intervalle, feront deux vols suborbitaux et c'est John Glenn Jr qui sera le premier Américain à faire le tour de la terre en orbite, soit 10 mois après Gargarine (13) . Les Amércains remportaient donc la troisième manche, mais non sans peine. Grissom, lors de l'amerrissage, passa bien proche de couler à pique avec la capsule Liberty Bell. Et Glenn fut ramené en catastrophe suite à un bouclier thermique mal verrouillé (14). Même si les Américains ont rattrapé les Soviétiques, ces derniers réussissaient encore à aller chercher quelques hauts faits d'armes. Alekseï Leonov fut le premier homme en 1965 à se balader dans l'espace, devançant de trois mois l'Américain Edward White (15). Par ailleurs, les Soviétiques marquaient des points aussi dans la course à la Lune. Ils furent les premiers à envoyer avec succès des sondes sur la lune, à prendre des photos de sa face cachée et à même effectuer un alunissage. Deux autres manches victorieuses pour les Soviétiques, mais elles seront les dernières… En effet, la démission de Khrouchtchev (1964) et la mort de l'ingénieur et scientifique Korolev (1965) vont énormément déstabiliser le programme spatiale russe, d'où les échecs du lanceur N-1 en 1968 et de la fusée Proton (16). ![]() merci à www.malexism.com/copernic/naut/astronau.html De leur côté, les Américains vont accélérer le pas pour atteindre la lune les premiers. Une erreur de parcours survient en 1967 lorsque Grissom, White et Chaffe périssent brûlés dans leur cabine (17). Leurs morts seront honorées par le succès des missions suivantes (Apollo 7 à 11). C'est finalement avec Apollo 11 en juillet 1969 que les Américains atteignirent la lune. À 16 heures, le 20 juillet 1969, Armstrong mit le pied sur la lune et prononça la phrase suivante : " C'est un petit pas pour l'homme, mais un bon de géant pour l'humanité " (18). " N'est-ce pas amusant Buzz ? ", va-t-il rajouter à son confrère quelques secondes plus tard. C'est donc à pas de tortue que les Amércains ont gagné la course à la lune devant le lièvre russe. ![]() merci à www.malexism.com/copernic/naut/astronau.html La course à l'espace, elle, était toujours en marche, mais certainement pas avec la même intensité que pendant la décennie 60-69. Une certaine détente s'était installé entre les deux géants et il faut avouer que le prestige de l'espace avait quelque peu perdu de sa saveur. Les Soviétiques, abandonnant complètement la lune, vont se concentrer sur le programme Soyouz qui avait pour mission de mettre de façon permanente en orbitre une station spatiale (19). Les Américains les imiteront avec le Skylab quelques mois plus tard. La décennie 70-79 sera surtout marquante pour l'exploration du système solaire. Alors que les Soviétiques s'intéressaient plus particulièrement à Venus, les Américains se concentrèrent sur Mars (20). On pourrait aussi affirmer que la décennie 70 a surtout été le théâtre de missions scientifiques, sans grands éclats comme en 60. ![]() merci à www.malexism.com/copernic/naut/astronau.html Cette tengente va évidemment se modifier complètement avec un nouveau refroidissement des relations entre les Américains et les Soviétiques dans la décennie 80. Reagan, au pouvoir, lancera son projet " Guerre des étoiles " qui cherchait à établir un système de défense anti-missile au-dessus des États-Unis (21). Cette nouvelle course à l'armement va pousser les Soviétiques à mettre au point leur propre système et à relancer la course à l'espace, mais malheureusement, seulement à des fins militaires. L'échec de la navette Columbia en 1986, qui avait pour but d'installer des satellites tueurs, tua le projet dans l'œuf, mais au prix de 7 vies humaines (22). Alors qu'on aurait cru à un relâchement des tensions sovieto-américaines avec la ccopération pour la station Mir et la nouvelle station orbitale internationale dans la décennie 90-99, l'élection de George Bush junior en novembre dernier vient de remettre à l'avant-plan le projet " Guerre des Étoiles ". Voici ce qu'il mentionnait lui-même dans une annonce télévisée : " Nous vivons aujourd'hui dans un monde de terreur, de fous et de missiles. Or, nos forces armées sont menacées par le vieillissement des armements et la baisse du moral. Parce qu'un monde dangeureux exige que notre sabre soit aiguisé, je reconstruirai notre armée. J'agirai avec promptitude pour défendre notre pays et nos alliés contre le chantage en construisant des systèmes antimissiles. Comme président, ma politique étrangère, guidée par les intérêts américains et les valeurs américaines, aura quelque chose de l'acier. (23) " Comme on peut le voir, la course à l'espace risque encore d'être dans les priorités du peuple américain pour les prochaines années. 2.2. LES IMPACTS SUR LE PEUPLE AMÉRICAIN
2.2.1. L'impact stratégique Le lancement de Spoutnik en orbite en 1957 a eu un impact incroyable pour les États-Unis. Pour la première fois depuis très longtemps, les Américains avaient été dépassé par un pays adverse dans le domaine de la technologie et de la science. Le doute s'installa et on verra plus loin dans ce travail à quel point les répercussions furent sévères au niveau psychologique. Mais si on se concentre au niveau stratégique, la percée soviétique bouleversait entièrement la balance des forces. En effet, puisque jusqu'en 1957, les États-Unis avaient toujours cru que les Soviétiques étaient incapable de lancer à partir de leurs bases des missiles à tête nucléaire capables d'atteindre l'Amérique. À l'époque, les fusées américaines ne dépassaient même pas une portée de 800 km, d'où l'importance d'une présence accrue des États-Unis en Europe (bases militaires de Turquie par exemple), pour mieux contrer une possible attaque communiste (24). Or, le lancement de Spoutnik démontrait l'efficacité des fusées russes et l'avancement de l'Union soviétique en la matière. Bref, pour la première fois depuis la guerre d'indépendance, les États-Unis se sentaient dangeureusement menacés. Cette consternation qui se transforma rapidement en peur explique en partie le volte-face du Congrès qui exigea d'Eisenhower la mise en place d'un programme d'urgence afin de rattraper les Soviétiques. Et dès 1958, 1.27 milliard de dollars furent investis dans un programme de perfectionnement des missiles (25). Pendant ce temps, d'autres montants d'argents furent alloués à la NASA, nouvellement créée, afin de rattraper l'Union soviétique dans l'espace. D'ailleurs, un comité de scientifiques en astronautique se réunira à la Maison Blanche pour tirer quelques conclusions sur le retard des États-Unis dans le domaine spatial. Voici les conclusions de ce rapport intitulé " The Practical values of Space exploration " : There is no longer any doubt that space exploration holds genuine significance fort the security and well-beeing of the United States as a nation. It does so in at least three ways. One results from the uses which our armed forces can make of the knowledge gained from space exploration. A second results from the influence and prestige which America can exert within the wolrd community because of her prowess in space exploration. A third results from the possibility that space exploration, eventually, may prove so immense and important a challenge that it will channel the prime energies of powerful nations toward its own end and thus reduce the current emphasis on developing means of destruction (26). Est-ce que les scientifiques ont mis l'emphase sur le danger " stratégique " pour convaincre le gouvernement d'investir plus ? Probablement ! Il est surtout important de retenir que déjà à cette époque, le gouvernement américain était bien conscient de tous les enjeux en présence. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans le contexte de la guerre froide, où chaque gain donne un argument pour se pavaner ! Et le prestige d'un pays, surtout d'une superpuissance comme les États-Unis, est à la base de ses relations avec ses alliés, les neutres, et ses ennemies (27). Or, les enjeux étaient grands pour les Américains. D'abord, les États-Unis se devaient de garder ses alliés en Europe et les détourner de la propagande communiste. Pourquoi ? Parce que les Américains possédaient plusieurs bases dans les pays libres d'Europe et que sa présence dans le vieux continent était primordiale pour la défense de l'Amérique (28). Du moins, tant que les missiles américains ne seront pas améliorés ! Pour mieux comprendre l'optique américaine de l'époque, voici le commentaire de Goodwin, écrit en 1960 : The alliance and bases agreements have been based too large extent on the superior military strenght and technology of the United States, and in confidence in American ability to protect the participating nations from retaliation. Soviet political use of space sucess hac been directed primarily toward creating uneasiness among the allies and fear in countries where bases are located, on the ground thath the Soviet Union has become militarily and technologically superior to the United States, which allegedly can no longer defend against or deter Soviet arms (29). Bref, en diplomatie, la question du prestige devient primordial. Même les pays neutres pourraient être affectés par la déconfiture amércaine (30). Les États-Unis en étaient donc conscient et c'est pourquoi ils vont investir massivement dans la conquête spatiale. Aujourd'hui, lorsqu'on observe le pays " trôner " au sommet de l'échelle mondiale, on se doit d'établir un lien entre la conquête spatiale et le poids des États-Unis dans ses relations avec l'extérieur. Lorsque le président d'un pays qui a déjà été sur la lune parle, on lui accorde toujours plus d'importance que n'importe quel autre président. Maintenant, depuis le début de ce travail, il a été indirectement établi que conquête spatiale rimait avec diplomatie, mais aussi avec puissance militaire. Car il ne faut pas l'oublier, ce n'est pas tant le prestige de la réussite scientifique de Spoutnik qui a bouleversé les Américains, mais bien l'officialisation de la puissance militaire soviétique. Si les Américains ne trouvaient pas une alternative rapidement, c'est toute sa diplomatie qui allait en être bouleversé. Donc si la conquête spatiale a eu un impact sur la diplomatie américaine, elle en a eu une automatiquement au niveau militaire. Ainsi, Spoutnik a relancé l'intérêt des Américains pour les fusées militaires et pendant les 50 dernières années, les États-Unis ont mis au point toutes sortes de missiles, en passant des fusées à court et à moyen rayon d'action, aux missiles balistiques intercontinentaux géants (ICBM) capables de franchir les océans et de détruire des villes entières avec des ogives nucléaires (31). Le missile Polaris deviendra la fierté du pays avec une portée de 2500 km. Mais il ne faut pas seulement les produire ces missiles, il faut aussi les rendre inaccessibles et invulnérables. Car la puissance de feu est tellement devenue immense qu'il faut savoir répliquer sans se faire prendre, d'où l'art de créer des sous-marins nucléaires introuvables pour l'ennemi (32). Peu à peu, l'armement est devenu plus sophistiqué ! Des missiles anti-missiles (ABM) ont été créé, et pour les contrer, on a créé des missiles d'ogives multiples. Et maintenant, grâce à l'espace, des satellites tueurs (IDS) ont été concus pour détruire les missiles avec des lasers depuis l'espace (33). ![]() merci à www.malexism.com/copernic/naut/astronau.html Bref, la conquête de l'espace a permis aux États-Unis de continuer la course à l'armement et à atteindre un niveau de puissance frôlant le ridicule. C'est ce qu'explique Grouard : La recherche de la supériorité conduit à la peur d'être dépassé et au besoin de se rassurer. On entre à la fois dans la rationalité et l'absurde de l'accumulation d'armements qui n'obéissent pas à la loi de la comptabilité classique. Le recours aux moyens spatiaux est rationnel dans le cadre d'un processus qui est absurde (34). Par ailleurs, il semble évident que l'impact stratégique risque encore de se faire sentir pendant longtemps chez les Américains. Comme la guerre nucléaire implique l'auto-destruction mutuelle et que l'espace propose des moyens de dévier cette conséquence, les grandes superpuissances militaires risquent encore pendant les prochaines décennies de pousser l'exploration spatiale (35). Un dossier à suivre… 2.2.2. L'impact économique Le raisonnement est simple. L'activité spatiale dépend éventuellement de l'argent investi dans les programmes, donc des budgets publics. Et évidemment, l'argent est investi selon les enjeux. Dans le cas des États-Unis, en pleine rivalité avec l'URSS, avec son poste de leader mondial en jeu, les budgets consacrés ont été imposants. Après tout, pour obtenir l'autonomie spatiale, cela suppose qu'on maîtrise les technologies de lancement (expérience venant de la mise au point des missiles), ce qui demande du temps et énormément d'argent (36). C'est pourquoi les États-Unis ont dû se doter avec le temps d'une industrie capable de produire les matériaux. Voici quelques chiffres : le budget des États-Unis au niveau spatial en 1991 était de 35 milliards de dollars, dont 19 allaient dans les poches de la DOD (programme spatiale militaire) et 16 pour la NASA, ce qui représente 0.55% du PNB (37). C'est le ratio le plus élevé au monde. Plus de 300 000 personnes travaillent de près ou de loin pour le programme spatiale américain, ce qui est tout de même imposant. Il faut dire que l'industrie spatiale est en progression, une augmentation de l'ordre de 14% par an de 1980 (8 milliards) à 1990 (26 milliards) (38). On compte grosso-modo trois marchés principaux liés à l'espace, les communications, l'observation et la fabrication des lanceurs. Le domaine des télécommunication est le plus imposant et est estimé à plus de 20 milliards de dollars aujourd'hui pour la planète entière (39). Le marché est en pleine croissance, toutefois, il faut savoir relativiser son importance. Le marché des satellites de télécommunications ne représente que 1% de l'ensemble des matériels de communication (40). Donc, si on compare avec l'activité industrielle générale, c'est minime. De son côté, le marché de l'observation n'est pas vraiment rentable. Servant exclusivement à la météorologie et à la télédiction, ce marché reste l'apanage des militaires. Reste finalement le marché de construction des lanceurs et des satellites, qui représente à peine 15% de toute l'industrie spatiale (41). Maintenant, ce qui nous reste à analyser, c'est la part des États-Unis par rapport au reste de la planète. Vous retrouvez en annexe quelques chiffres intéressants qui démontrent la supériorité américaine dans le domaine. Par contre, il faut prendre en considération qu'au niveau spatial, il n'y a pas de concurrence à proprement parler, comme dans l'industrie traditionnelle. Il s'agit en fait de plusieurs marchés nationaux fermés, qui ne répondent pas à une demande privée, mais bien à la commande publique de l'état (42). Ce qui en résulte un marché national captif, fermé à la concurrence étrangère, qui exporte que très rarement vers l'extérieur. Comme l'explique Grouard : En d'autres termes, il n'existe pas de marché proprement dit, mais une impulsion de l'Etat qui crée puis développe une industrie spatiale, dans le but de satisfaire des objectifs politiques et stratégiques et non des besoins économiques… L'activité spatiale, malgré l'effet vitrine dont elle bénéficie, est marginale dans une économie développée (43). Bref, d'après les chiffres et les analyses, l'espace n'est pas encore très rentable. Les profits sont mineurs. Donc, si l'espace devient un enjeu, ce n'est pas tant pour l'impact économique, mais réellement pour des raisons stratégiques. Reste à voir si tout cela ne va pas changer avec le temps… Probablement que oui… Toutefois, ce qui est certain, c'est que la conquête spatiale a eu un impact économique aux États-Unis, mais pas autant qu'on aurait pu le croire au départ. 2.2.3. L'impact psychologique Par manque de temps et d'espace, je ne me lancerai pas dans une grande analyse psychologique du peuple américain. Toutefois, il est évident que la conquête spatiale américaine a laissé des traces dans l'imaginaire américain. Au départ, le sentiment de crainte suite au lancement de Spoutnik s'est transformé en immense fierté pour le peuple américain suite à la marche lunaire de Neil Armstrong. Il s'agit d'un haut fait d'arme, de la " cerise sur le Sunday " pour les Américains. Les retombées d'un pareil sentiment ne sont pas mesurables. Par contre, afin de vous démontrer jusqu'à quel point le peuple américain a été affecté par la course à l'espace, voici un exemple intéressant… En 1957, le lancement de Spoutnik a, comme on le sait, terriblement affecté la confiance des Américains. À un point tel qu'ils ont remis en doute leur système d'éducation. Comment se faisait-il que l'Union soviétique produisait des savants et des ingénieurs aussi remarquables ? Ils semblaient même, aux yeux des Américains, mieux formés que les savants américains. Cette remise en question, aditionné à des plaintes antérieurs de certains éducateurs, forca le gouvernement à modifier ses programmes d'enseignements pour laisser la place à plus de sciences et de mathématiques (44). Une grande loi fut promulgée en 1958 afin de clairement identifier la qualité de l'enseignement avec le succès d'un pays. Dans les années qui suivirent, plus de 1.3 milliards furent versés en prêt à faible intérêt aux étudiants et 27000 bourses furent accordées aux étudiants menants des études supérieures (45). L'investissement majeur en éducation, résultant du lancement de Spoutnik, eu pour effet de placer les États-Unis à l'avant plan au niveau scientifique. Et ainsi, c'est grâce au peuple américain qu'on doit certaines découvertes dans l'espace comme les détecteurs hautes performances opto-électroniques, la pompe à injection d'insuline, la mise au point de systèmes de diagnonstic ou de cartographie de l'organisme humain, etc (46). La miniaturisation des systèmes et la progression de l'informatique sont aussi des conséquences de la percée spatiale et de l'amélioration de l'enseignement aux États-Unis. CONCLUSION
LES ENJEUX ET LES PERPECTIVES DE L'ESPACE La conquête de l'espace est loin d'être terminé. Nous venons à peine de terminer la première phase, marqué par la compétition et la recherche du prestige. Comme nous l'avons vu dans les pages précédentes, ce sont les Américains qui ont remporté cette prestigieuse course, au prix de vies humaines et de sommes monétaires considérables. Cet effort national n'a laissé personne indifférent au pays. De la honte à la fierté, les Américains sont passés par toute la gamme des émotions. Qui plus est, cette conquête spatiale a eu des répercussions sur toute la stratégie extérieure et interne du gouvernement américain. Véritable fait d'arme, la diplomatie américaine, malgré quelques rebondissements, est sorti grandi des gains technologiques du pays. Et le développement de l'équipement militaire a mis à l'avant-plan les États-Unis sur l'échiquier mondial ! Toutefois, si la bataille est gagnée, la guerre, elle, est loin de l'être. L'être humain n'a exploré que le millième de l'espace et bien des enjeux risquent d'intervenir dans le futur. Avec l'effort considérable qu'on fournit les superpuissances pour obtenir le prestige du " premier conquérant de l'espace ", on peut craindre une nouvelle esqualade de compétition et de rivalité. Steve Ouellet
Notes de référence
(1) Xavier Pasco. La politique spatiale des Etats-Unis 1958-1995, Paris, L'Harmattan, 1997, page 7. (2) Ibid., page 7. (3) Bernard Dionne et Michel Guay. Histoire du 20ième siècle : regards sur le temps présent, Laval, Éditions Études Vivantes, 1993, page 38. (4) Ibid., page 38. (5) 100 ans de science : 1960-1969, les années spatiales, Québec science, 37, no. 10, (juillet-août 1999), page 47. (6) Carl N. Degler et al. Histoire des Etats-Unis, Paris, Économica, 1980, page 584. (7) 100 ans de science : 1960-1969, les années spatiales, op.cit., page 47. (8) Ibid., page 48. (9) Ibid., page 48. (10) Ibid., page 48. (11) Ibid., page 48. (12) Ibid., page 48. (13) Frédérick Durant. Conquête de l'espace, Encyclopédie Universalis, corpus 8, Paris, 1993, page 713. (14) Ibid., page 713. (15) 100 ans de science : 1960-1969, les années spatiales, op.cit., page 49. (16) Ibid., page 49. (17) Ibid., page 50. (18) Ibid., page 50. (19) Frédérick Durant, op.cit., page 718. (20) Ibid., page 718. (21) J. Pimlott et al. La guerre froide, Paris, Édition Gamma-Trécarré, 1987, page 57. (22) Ibid., page 57. (23) Olivier Frayssé. Les programmes des 2 principaux candidats à l'élection présidentielle en matière de politique extérieure et de défense, Problèmes politiques et sociaux, no. 846, (20 octobre 2000), page 77. (24) Carl N. Degler et al., op.cit., page 584. (25) Ibid., page 584. (26) Harold Leland Goodwin. Space : frontier unlimited, New York, D. Van Nostrand company inc., 1962, page 85. (27) Serge Grouard. La guerre en orbite, Paris, Economica, 1994, page 87. (28) Harold Leland Goodwin, op.cit., page 87. (29) Ibid., page 93. (30) Ibid., page 88. (31) Carl N. Degler et al., op.cit., page 585. (32) Ibid., page 585. (33) J. Pimlott et al., op.cit., page 57. (34) Serge Grouard, op.cit., page 88. (35) Ibid., page 104. (36) Jean-Louis Dega, La conquête spatiale, Paris, Presses universitaires de France, 1994, page 107. (37) Serge Grouard, op.cit., page 137. (38) Ibid., page 133. (39) Ibid., page 132. (40) Ibid., page 134. (41) Ibid., page 133. (42) Ibid., page 134. (43) Ibid., page 135 et 137. (44) Carl N. Degler et al., op.cit., page 586. (45) Ibid., page 586. (46) Jean-Louis Dega, op.cit., page 111. BIBLIOGRAPHIE
DEGA, Jean-Louis. La conquête spatiale, Paris, Presses universitaires de France, 1994, 127 pages. DEGLER, Carl N. et al. Histoire des Etats-Unis, Paris, Économica, 1980, 680 pages. DIONNE, Bernard et Michel GUAY. Histoire du 20ième siècle : regards sur le temps présent, Laval, Éditions Études Vivantes, 1993, 87 pages. DURANT, Frédérick. Conquête de l'espace, Encyclopédie Universalis, corpus 8, Paris, 1993, page 698 à 735. FRAYSSÉ, Olivier. Les programmes des 2 principaux candidats à l'élection présidentielle en matière de politique extérieure et de défense, Problèmes politiques et sociaux, no. 846, (20 octobre 2000), page 74 à 77. GOODWIN, Harold Leland. Space : frontier unlimited, New York, D. Van Nostrand company inc., 1962, 144 pages. GROUARD, Serge. La guerre en orbite, Paris, Économica, 1994, 357 pages. PASCO, Xavier. La politique spatiale des Etats-Unis 1958-1995, Paris, L'Harmattan, 1997, 300 pages. PIMLOTT, J. et al. La guerre froide, Paris, Édition Gamma-Trécarré, 1987, 62 pages. 100 ans de science : 1960-1969, les années spatiales, Québec science, 37, no. 10, (juillet-août 1999), page 45 à 54. Ce travail a été rédigé entre février et avril 2001. Toute reproduction est interdite sans le consentement de l'auteur.
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