Editorial19 février 2003 Désappointement royal !
Ça fait des lunes que je n'ai pas parlé de lutte, de la WWE particulièrement. Et hier, j'étais tout fier à la venue du Royal Rumble, un de gros PPV de l'année pour la compagnie, autant en terme de revenues que de storylines. J'étais enthousiasme, parce que je me disais que c'était enfin une belle excuse pour vous parler d"un de mes hobbies préférés. J'écoute la lutte depuis que je suis haut comme trois pommes. J'aime cela, pas simplement parce que c'est des gars qui se tapochent sur la marboulette. Prenez-moi pas pour un cave tout de même ! Je le sais que c'est arrangé, c'est d'ailleurs à cause de cela que j'aime ça. Ce qui m'attire et m'intrigue, c'est sur "l'arrangement" même. La façon de faire gober à des gens pourquoi deux gars sont près à se donner une correction. Si le combat est crédible par dessus le marché, magnifique, je suis aux anges !![]() merci à wwe.com La lutte, c'est un phénomène vieux comme le monde. Dès l'enfance, les jeunes garçons luttent naturellement entre eux, pour connaître leur force, pour développer des habiletés ou simplement pour s'amuser. Les hommes préhistoriques le faisaient et les générations qui ont suivi jusqu'à aujourd'hui l'ont fait aussi. C'est un besoin naturel de l'homme, histoire d'apprendre à connaître son corps, et sa volonté d'esprit. Tout aussi naturellement, l'enfant a aussi compris la fine ligne entre la lutte comme un jeu et la lutte comme un moyen de survie. Parce qu'il aura appris que le corps a des limites, et que c'est en les dépassant qu'il peut vaincre ou mourir. La lutte est donc un moyen d'apprentissage à la base, autant pour ceux qui jouent le jeu que ceux qui le regardent. Pas pour rien qu'entre amis, à l'âge 6 ou 7 ans, arrive l'envie de mesurer ses forces et de lutter un peu, pas pour se faire mal, juste pour voir qui est le plus fort. Et on regarde, on sent l'attention sur nous, sur nos prouesses, il faut se dépasser, pas être simplement le plus fort, mais le meilleur, le plus surprenant, le plus drôle. La curiosité fait tout le reste ! Je sais que mon raisonnement peut vous parraître tiré par les cheveux, mais ce que j'essaye de vous faire comprendre, c'est que comme la lutte est un moyen d'apprentissage naturelle chez les êtres vivants, on ne peut pas s'empêcher de regarder et de s'étonner à être diverti par ce genre de démonstration. Dès l'Antiquité, il s'est organisé de grands combats de lutte et des milliers de gens assistaient aux affrontements. Les lutteurs n'avaient pas le droit de se faire mal, ils devaient simplement faire démonstration de leur force. Sous l'ère romaine, le même genre de démonstration existait, à quelques variantes près. Au lieu de lutteur, on les appelait des gladiateurs ! Et c'était tout aussi arrangé que ce que vous voyez à la télévision aujourd'hui... Et c'est ainsi que la lutte a évolué, au fil du temps et à travers les continents, par vague de cycles avec des caractéristiques propres pour chaque région. La lutte n'a jamais eu d'autres choix que d'évoluer. C'est comme tout chose, l'habitude amène l'ennuie et le désintéressement. Et même les plus mordus peuvent se lâsser de la lutte. En passant, ce dicton est encore d'une véracité cruelle aujourd'hui. Nous sommes à l'ère du sacro-saint divertissement dans notre société individualiste, et la lutte, telle un phénomène de foire, tient encore son bout. Comme dans un cirque, la lutte présente des numéros de hautes voltiges, sa part de clowns et de freaks, tout cela enveloppé par une ambiance théâtrale à la hollywoodienne. Son produit le plus connu est la WWE, anciennement la WWF. Il s'agit de la machine commerciale la mieux rôdée, qui a pour objectif de divertir le plus de gens possible, peut importe la façon. C'est du show-business après tout ! Et son véhicule, signe des temps, c'est la télévision. De nos jours, le mordu de lutte peut écouter jusqu'à 8 heures de lutte par semaine à la télévision, sans trop se forcer. C'est beaucoup, voir même trop. Inventer de nouvelles histoires à toutes les semaines, c'est impossible. Et si on veut reprendre des classiques, il faut au moins que les gens aient eu le temps de les oublier. La lutte a ses limites, celles du cerveau humain ! Et c'est pourquoi elle a ses hauts et ses bas. Dans le businness, il y a environ une ou deux bonnes idées commercialement exploitables par cycle de 10 ans, sans plus. On prend l'idée, on la lance et on l'exploite pendant 10 ans, ou du moins jusqu'à temps qu'arrive la nouvelle idée révolutionnaire. Vince McMahon a rentabilisé son produit dans les années 80, la WWE, grâce à la mise en marché du héros parfait, l'invincible Hulk Hogan. Pendant 10 ans, tout le produit a dérivé autour de la mise en marché de héros. Si l'intérêt y était au départ avec les Hogan, les Macho Man et l'Ultimate Warrior, tout cela a rapidement disparu avec les Bret Hart et Shawn Micheals. Soudainement, Vince a compris que les fans de lutte étaient lassés des héros parfaits sans faille, du conformisme. Il devait trouver un nouveau concept, avant que le tout prenne le bord. Finalement, par un heureux hasard, tout s'est mis en place, et l'idée est arrivé d'elle-même ! Opposer un boss méchant et conformiste, à un rebelle mal poli et alcoolique par dessus le marché C'est de cette façon que le rôle du méchant Vince McMahon a pris forme, et que de là est sorti l'étoile Stone cold Steve Austin. Ce fut l'éclair de génie du milieu des années 90, et encore aujourd'hui, en 2003, la WWE vit encore des restes de ce concept. Chaque émission de télévision de la WWE est construite de cette façon, avec un méchant boss qui s'acharne sur des anti-conformistes. L'idée commence à être usé à la corde et la WWE commence à réaliser que le monde de la lutte est à nouveau dans un creux de vague, et qu'un nouveau concept est nécessaire pour regraisser la machine. Les assistances lors des galas ont recommencé à descendre, même chose pour les côtes d'écoute. Sur internet, on remarque un désintéressement sur les sites de lutte. Les fans de la première heure redeviennent sélectifs, quelqu'uns vont même jusqu'à abandonner. Il n'y a rien d'alarmant à ce phénomène, ce n'est que le cours normal des choses. Tant qu'à moi, je fais parti de la gang des sélectifs, qui coupent dans le gras et tentent de regarder que le meilleur. Je n'écoute plus Raw depuis des mois, parfois, si je suis devant la télévision, je vais prendre deux minutes pour voir ce qui se passe au Smackdown le jeudi soir, mais c'est de plus en plus rare. Ma consommation de lutte n'a jamais été aussi basse, ma blonde croit qu'elle a enfin eu assez d'influence pour m'avoir fait comprendre que la lutte, c'est stupide. Je la laisse vivre dans son illusion, elle est si heureuse, mais force est d'admettre que je ne suis plus dedans. J'ai donc fait l'effort pour le Royal Rumble, histoire de me faire croire que j'aimais encore la WWE. J'ai essayé bien fort, mais peine perdu. Après une heure, je pitonnais déjà aux autres postes, jasais avec ma blonde, sans même prendre la peine de m'intéresser à ce qu'on me montrait. J'ai aimé la prestation du Big Show et de Lesnar, même si malheureusement, la fin du combat était trop prévisible. Le reste, mon dieu seigneur, fut pénible. Que fait Steven Regal encore dans la WWE ? Avec une ceinture en plus ?!? Et que dire de mon grand chum Triple HHH, avec une ceinture faite exprès pour lui, juste pour le contenter, dans un combat de championnat contre le très surévalué Scott Steiner. Quel ne fût pas ma surprise d'entendre les fans huer le combat, chanter timidement boring aux deux lutteurs... Et le pire, c'est qu'il va y avoir un combat revanche... Ennuyé au plus haut point, j'ai même abandonné pendant le combat de Kurt Angle et de Chris Benoit, que j'avais vu maintes fois dans le passé. Ne vous méprenez pas, le combat était bon, mais mon taux de saturation était déjà atteint. L'intérêt est revenu pour le combat royal de la fin, que j'ai écouté dans son entier, avec amusement je dois avouer. Mais c'est une satisfaction si mince il me semble. Par chance que le visionnement ne m'a rien coûté... Le Royal Rumble m'a donc laissé un arrière-goût déplaisant à la bouche, le même qui me reste en tête depuis plus de 3 ans. Le prochain gros PPV s'en vient cette semaine à Montréal, dans ma cour, et je n'ai même pas le moindre envie d'y aller. Je ne sais même pas si je vais prendre la peine de le regarder gratuitement. Je trouve cela triste, moi qui aimait tant la lutte par le passé. D'ici là, avertissez-moi les amis quand Vince aura trouvé son idée de génie. Ça va me faire plaisir de revenir louer les talents de ces athlètes hors de l'ordinaire, à y croire naïvement comme dans le temps. |