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Editorial


2 octobre 2002

Plaidoyer pour un monde meilleur



Je vis dans un monde où il est permis de penser autrement que les autres, à la condition de ne pas trop le dire à voix haute, où il est permis de critiquer librement, tant que l'autorité et l'élite ne soient pas visé, et où il est permis de voter dans un système démocratique, mais trop souvent pour le moins pire des choix disponibles...

Je vis dans un monde où l'on doit simplement participer, et non réussir, où l'on doit accepter la différence, sans nécessairement la vivre pleinement, où l'on doit vivre en fonction de la collectivité, même si nous avons peine à nous tolérer les uns les autres...

Je vis dans un monde où nous apprenons à être pauvre, autant d'esprit que matériellement. Je vis dans un monde où nous apprenons à être égal, complètement homogène, sans saveur, sans foi ni loi... Je vis dans un monde où nous apprenons à être hétéronome, qui reçoit de l'extérieur les lois régissant sa conduite, au lieu de s'autodiscipliner soi-même.

Je vis dans un monde où il est mal vu de gagner plus de 400$ par semaine, où il est interdit de parler, de penser, d'agir ou de "chier" autrement qu'en français, où la valeur d'un homme est établi en fonction de son ancienneté et de sa loyauté au syndicat, et non selon ses compétences.

Je fais parti d'un peuple vaincu, sans épine dorsale, qui a pourtant la prétention d'être meilleur que les autres. Je fais parti d'un peuple de suiveux, incapable de prendre l'initiative, mais qui se permet tout de même de dire aux autres quoi faire. Je fais parti d'un peuple conservateur et vieillissant, conscient qu'il doit paver un bel avenir aux futures générations, tant que cela convienne à des normes dépassées et inadaptées aux nouvelles réalités.

Je fais parti d'un peuple fier, riche et puissant, qui doit malheureusement sa richesse à tous les prêteurs sur gage de la planète. Je fais parti d'un peuple pacifique, qui n'a pas connu la guerre depuis des générations, mais qui est pourtant divisé par des querelles intestines stupides, à propos de couleurs de drapeaux et de provenance de chèques. Je fais parti d'un peuple privilégié, qui est miraculeusement protégé des cataclysmes naturels, mais qui au moindre changement de température, se permet de se plaindre, comme si c'était la fin du monde.

Je fais parti d'un monde où le gros bons sens est sacrifié au profit du confort de la stabilité, où vaut mieux rester indifférent à ce qui nous entoure si on ne veut pas avoir d'ennuis, où l'effort demande trop d'énergie. Je fais parti d'un monde où le courage de ses convictions est dénoncé, où il est plus facile de parler que d'agir, où il est devenu si difficile de rêver !

Ça doit être moi qui est trop difficile, qui est trop critique envers notre société. Compréhensible, j'ai toujours eu ce que je voulais, tout cuît dans le bec avant même de l'avoir demandé. Je ne sais pas moi ce que s'est de souffrir, de travailler et de vieillir... C'est bien trop vrai, je me complique la vie pour rien... Mieux vaut me contenter d'accepter et de subir...

Pourtant, je ne suis pas fou ! Il y a bel et bien des absurdités dans ce monde. Sinon, il n'y aurait jamais autant de suicide, les meilleurs d'entre-nous ne partiraient pas pour l'étranger. Les autres nations viendraient profiter de notre bonheur si parfait et de notre expertise en la matière. Et je n'entendrais pas autant de mécontentement chez le commun des mortels !

Malheureusement, lorsque j'en parle, on me regarde différemment. On ne cherche pas à savoir s'il y a du vrai dans ce que je dis, on préfère alors faire semblant de n'avoir rien entendu. L'indifférence, c'est si facile... L'indifférence, c'est la mal d'une société trop frileuse pour être optimiste, où simplement se remettre en question. Elle préfère faire semblant que rien ne la touche, autant les pires catastrophes que les pires injustices, et lorsqu'une belle surprise survient, elle s'emballe, fière d'être resté raisonnable face à la situation. De l'hypocrisie, voilà ce que c'est vraiment !

Je vis dans ce monde et je suis insatisfait. Je propose, je demande et j'exige un monde meilleur ! Et je suis près à me battre pour l'obtenir !




 



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