Default
Google


La



Editorial


14 mars 2001

Le réseau routier québécois: une véritable honte !


merci à qc.met.wallonie.be


Est-ce que vous vous souvenez de l'annonce de la peinture à l'huile pour le bois, avec le monsieur du Far west qui en donnait de bonnes couches pour sauvegarder sa galerie ? Chose que ne faisait pas son voisin, avec pour résultat l'effondrement de sa maison... Et le vieux monsieur, à moitié sénile qui s'exprimait triomphant: " Je lui avais pourtant bien dit, mais il ne m'a pas écouté ! Hé ! Hé ! Hé ! Hé ! " (rire satanique) Vous vous souvenez sûrement de cette annonce pitoyable, mais pourtant révélatrice d'une belle leçon ! Une possession, ça s'entretient, un point c'est tout !

Aujourd'hui, j'aimerais vous parler, en connaissance de cause, du réseau routier québécois, ou du moins, de ce qu'il en reste. Mon père est entrepreneur dans le monde de l'asphalte depuis plus de 30 ans. Il dirige la plus grosse compagnie de l'est du Québec, une filiale de Sintra de Montréal, qui elle, est la succursale nord-américaine de Colas, une multinationale européene. J'ai grandit dans le monde de la construction et j'y ai même travaillé à tous les étés depuis l'âge de 16 ans. J'en ai aujourd'hui 25... Et croyez-moi, des jobines, j'en ai fait... De signaleur à peseur, de commis de chantier à technicien en laboratoire, le monde de l'asphalte n'a plus de secret pour moi. J'ai travaillé en collaboration avec la "voirie" (MTQ) pendant longtemps et j'en ai vu des vertes et des pas mûrs. Les rumeurs sur la vaillance de ces gens sont fondées mes amis ! Je vous en passe un papier ! Et le pire, c'est que vous avez jamais entendu parler de la compétence de leurs ingénieurs et de leurs têtes dirigeantes, sujet qui mériterait d'être discuté un de ses quatre...

Reste qu'en côtoyant des gens d'expériences pendant de longs étés et en travaillant dans divers domaines, j'ai appris à mieux comprendre le monde de l'asphalte et à réaliser son importance pour l'économie du Québec. C'est pourquoi je crois que vous ne trouverez pas de meilleures personnes que moi (sur le net du moins) pour vous éclairer sur le sujet. Mais trêve de flatterie et passons au vif du sujet !

Grâce au règne de Duplessis dans les années 50, le Québec s'est doté d'un réseau routier des plus imposants. Il faut dire que le Québec, c'est grand. Et si nous désirons maîtriser notre territoire, un réseau routier solide et efficace s'impose. Le Québec a longtemps respecté cette donnée essentielle pour son économie, se dotant d'infrastructures modernes (autoroutes sillonants les grands axes de la province), tout en fournissant les capitaux nécessaires pour son entretien.


merci à www.ville.montreal.qc.ca


Malheureusement, le contexte économique étant ce qu'il est, les gouvernements se sont rapidement endettés et lorsqu'est venu le temps de couper, des choix se sont imposés. Lorsqu'on donne le choix à un politicien entre couper dans le système de la santé, ou couper dans le réseau routier québécois, la décision est simple. La santé attire beaucoup plus l'attention des médias et de la population que les routes. Après tout, le réseau routier est un acquis... Alors, coupons le superflu pour éviter la critique.

Et c'est ainsi qu'à partir du règne de Parizeau en 93, le gouvernement québécois s'est mis à couper sévérement dans le réseau routier québécois. Le Parti Québécois n'avait pas le choix d'agir et jamais je ne remettrai en doute cette décision. Il est vrai que le réseau routier avait été pendant longtemps engraissé et une cure d'amaigrissement s'imposait. La fonction publique étant ce qu'elle est, "la voirie" détenait en ses rangs de nombreux travailleurs inutilisés, payé 20$ de l'heure, 40 heures garantis par semaine, temps double avant 8 heures le matin et après 16 heures l'après-midi (ai-je besoin de vous dire qu'en construction, ça commence à 6h30 le matin pour finir à 17h30 l'après-midi, mimimum), qui en réalité, passaient la plupart de leur temps à se regarder travailler, où à faire des promenades en camion pendant l'après-midi, pour compter les voitures qui passaient. Et attention, je ne suis même pas sarcastique ici !

Comme personne ne pouvait les mettre à la porte, étant donné qu'ils étaient des fonctionnaires à vie, le gouvernement s'est contenté de les endurer jusqu'à leurs retraites, sans les remplacer. Le ménage s'est fait graduellement et je peux vous assurer aujourd'hui qu'il n'y pas a plus grand chose à couper à ce niveau. Même que d'ici 5 ans, le gouvernement devra réengager des travailleurs.

Par contre, dans les tours d'ivoire de "Québec city", le gras est encore bien présent. La gang à Parizeau a bien tenté de libérer quelques postes, mais les gros salariés (qui ne sont pas nécessairement les plus utiles dans ce système) ont conservé leurs postes probablement grâce à leurs relations. Devant le peu d'économie réalisé, le gouvernement a tout simplement décidé de diminiuer le financement du réseau routier.


merci à www.ville.montreal.qc.ca


Sur le coup, les compagnies comme celle de mon père ont laissé échapper un léger grognement, rappelant au gouvernement que ce n'était pas nécessairement la meilleure idée qu'ils avaient eu. Après tout, le monde d'asphalte emploie de nombreux travailleurs et fait grassement rouler l'économie québécoise à chaque été. Mais on en conviendra vous et moi, les entrepreneurs n'étaient pas les mieux placés pour critiquer le gouvernement et leurs plaintes sont passées inaperçues.

Année après année, le gouvernement a continué à diminuer son financement, au point de devenir rapidement insuffisant. Les entrepreneurs ont lancé un avertissement, rappelant que le réseau routier québécois avait une durée de vie de 7 ans et qu'à chaque fois qu'on retardait la réparation d'une jonction, on accumulait les réparations à venir. Mais personne ne les a écouté... Après tout, en 1995, le Québec se relevait à peine de la récession et le référendum battait son plein ! Le réseau routier ne faisait sûrement pas parti des conditions gagnants pour le PQ.

Et ce petit jeu a continué... À chaque année, le gouvernement diminuait le financement, ne fournissant que le minimum pour remplir les trous au printemps et tracer les lignes à l'été. Les sous restant servaient à rajouter quelques "patchs" par ci par là, histoire de cacher le plus gros. Mais au cas où vous ne le sauriez pas, des "patchs", comme on les appelle dans le monde de la construction, ça n'a qu'une durée de vie de deux ans et au prix que ça coûte, ça reviendrait moins cher pour le gouvernement de refaire la route en neuf. Mais coupure oblige, vaut mieux mettre un pancement sur le bobo, au diable l'infection.

Pire, les pancements sont limités et il est nécessaire de les placer dans les régions plus imposantes, voir importantes ! Et c'est avec cette logique que la MTQ a dressé une liste des routes prioritaires, selon l'achalandage... C'est ainsi que la route entre St-Donat et Ste-Angèle dans le comté de Rimouski a été complètement abandonné. Les 7 ans d'expirations sont depuis longtemps écoulés. Et c'est maintenant les agriculteurs du coin qui bouchent les trous au printemps, en attendant que la municipalité obtienne le financement nécessaire du gouvernement pour au moins boucher les trous vers la fin de l'été. Des exemples comme cela, j'en ai une centaine à vous énumérer, puisque je sillone l'est du Québec depuis maintenant 5 ans à chaque semaine.

Vous me direz que le raisonnement de la MTQ est logique et je dois abonder dans ce sens. On a beau fournir les services essentiels aux régions, mais lorsque ces régions ne sont plus vraiment "essentielles", facile de deviner pourquoi on les oublie. Le raisonnement du "au plus fort la poche" n'est peut-être pas la solution idéale, mais il a toujours été celui que l'être humain a choisi en premier.

Mais le véritable problème n'est pas là. Même en priorisant des routes, la MTQ ne les a jamais vraiment réparé. Ce qui donne le réseau routier que nous avons aujourd'hui, en ce 14 mars 2001. L'autoroute 20 entre Québec et Rivière-du-Loup est devenue une zone sinistrée. Le plaisir des automobilistes est de contourner les trous et les canyons en faisant du zigzag entre les voies. La 132 entre Cacouna et Rimouski est tout aussi lamentable.

Le pire là-dedans, c'est que nous ne sommes même pas rendu au printemps. Imaginez lorsque le tout va fondre en avril... L'autoroute 20 va devenir un chemin de concassé, sans plus... Et ce n'est même pas drôle là ! Pensez à l'usure de vos pneus, de votre suspension, de votre voiture en général. Pensez aux accidents qui vont survenir, au commerce qui va ralentir, juste parce que les chemins ne sont plus sûrs.

Vous qui me lisez, en Gaspésie, à Montréal, dans l'Outaouais, en Estrie, vous devez sûrement avoir un réseau routier aussi mal en point que le mien. Avez-vous pensé à quoi cela allait ressembler dans un mois, au printemps ? Avez-vous seulement une idée de combien cela va coûter ?

Une fortune, je vous le promets ! J'espère que Bernard Landry est le moindrement au courant de ce fait ! Et qu'il a prévu des sommes pour rectifier la situation, car ça va vraiment prendre un investissement massif cet été.

En tout cas, je peux vous dire que chez les entrepreneurs d'asphalte, on s'attend à avoir de l'ouvrage. Et pas par soucil de profit, mais bien parce qu'il y a beaucoup de pain sur la planche ! Le réseau routier québécois doit être réparé au plus vite !

J'espère simplement que vous, payeurs de taxe, êtes conscient que ça va coûter une beurrée cette année. Vous pouvez oublier vos baisses d'impôts les amis ! Bernard Landry va sûrement fouiller dans vos poches pour résoudre un problème qu'il ne soupçonne même pas... Préparez-vous mentalement...





 



retour


Acquiring image from ProHosting Banner Exchange